APOTROPAÏK : DU TROBAR AU TARAB
VENDREDI 5 SEPTEMBRE, ROSHEIM

Programme de salle

Quelques mots sur la musique

Du Trobar au Tarab

Troubadours en jardins andalous

TROBAR, en occitan – De la rime à la musique, le troubadour est celui qui trouve.
TARAB, en arabe – De la communion émotionnelle entre le musicien et son public.

Prenant naissance au cœur de la méditerranée du XIIIe siècle et de la culture al andalus, ce programme « Du trobar au tarab » navigue entre les répertoires troubadours et arabo-andalous. Les joutes musicales, encore vivante en Espagne (jotas), ou celles – poétiques – du Maghreb permettront de nourrir l’imaginaire de ce concert, qui donnera à entendre une réinterprétation actuelle et vivante de quelques enluminures transmises dans les Cantigas de Santa María. Ces dernières sont la preuve par excellence d’une pratique commune et de riches échanges artistiques entre musiciens maures et catholiques. Échanges artistiques qu’il s’agit de reproduire dans ce projet, selon des thématiques partagées qui révèlent plus qu’un terrain géographique d’échanges, un véritable fond culturel commun.

Les musicien•ne•s...

Ensemble ApotropaïK :

Clémence Niclas
voix et flûtes à bec

Louise Bouedo
vièle à archet

Manon Papasergio
harpe gothique

Clément Stagnol
luth médiéval

Artistes invités : 

Meryem Koufi
voix et kouitra

Yasmine Rabet
percussions

Khaled Aljaramani
oud et voix

... et leurs parcours

ApotropaïK a pour vocation de renouveler l’approche des répertoires médiévaux par un regard jeune, sensible et vivant. Son nom curieux puise sa signification dans le grec apotropein qui exprime l’idée du détournement, rappelant la fonction des tropes primitifs : l’invention par l’ajout et la réappropriation. Il illustre la démarche de l’ensemble, qui cultive aussi bien l’arrangement que le métissage. Réinvesti en histoire de l’art, le terme « apotropaïque » s’associe à la fonction des gargouilles de nos cathédrales gothiques, celle de conjurer le mauvais sort. L’ensemble invite ainsi à se détourner des idées reçues afin de servir une musique, qui, malgré l’éloignement, nous apparaît aujourd’hui dans toute sa modernité et sa fraîcheur initiales, vectrices d’émotion.

Régulièrement primé lors de concours internationaux de musique ancienne, ApotropaïK s’est désormais imposé comme un nouvel ensemble de la scène médiévale aussi bien française qu’européenne. En 2023, il entre en résidence à la Fondation Royaumont, grâce au soutien de la Fondation Etrillard. Il reçoit également le soutien de l’ADAMI. En 2025, sa dernière création mêlant musiques médiévales et arabo-andalouses le voit s’associer à de nouveaux partenaires que sont le Musée du Louvre et l’Abbaye de Fontfroide. Un premier disque, Bella donna, paraît en 2022 comme aboutissement d’un travail inédit autour de la figure féminine dans la musique du Moyen Âge ; suivra en 2025 une captation de son programme dédié à Tristan et Iseut.

Meryem Koufi, voix et kouitra

Les voyages de Meryem Koufi, compositrice, chanteuse et instrumentiste, l’ont conduite à se former au chant Flamenco, le traditionnel « cante jondo » dont elle est aujourd’hui, avec la musique arabo-andalouse, une spécialiste reconnue. En 2007, elle fonde l’Ensemble Meryem Koufi pour porter ses projets. Meryem Koufi étudie le répertoire arabo-andalou et la Kouitra, en Algérie, puis découvre le Maalouf en Tunisie. Elle entre dans l’orchestre de Lamia Maâdini et pose sa voix successivement sur neuf albums de Beihdja Rahal. Sa passion pour l’expression vocale flamenca l’amène à se former avec les Maîtres Cantaores Miguel Ortega, Eduardo Rebollar et Calixto Sanchez. Elle s’initie au chant ancien avec Marcel Pérès, fondateur du CIRMA et de l’ensemble Organum, ainsi qu’au chant byzantin avec Frédéric Tavernier-Vellas. Ses créations « Gharnata », »Darb Al Harir », « Mulata », ainsi que ses récitals ont été accueillis en France comme à l’étranger : Forum des images, Bibliothèque Nationale de France, Alliances françaises en Inde, Opéra de Besançon, Abbaye de Moissac, Museum du Havre, Cité de la musique de Marseille, Festival Suds à Arles, Festival international de musiques andalouse et anciennes d’Alger… Meryem Koufi a assuré la direction musicale d’un hommage à Federico Garcia Lorca pour le festival « Arles se livre », de « Gitans et Flamencos d’Algérie » pour le festival « Flamenco Azul » à Marseille, et d’un spectacle de la Cie Accrorap donné à l’Opéra de Montpellier pour la Biennale de la Danse. En 2022, sa création « Avec Elles/Con Ellas » est un hommage aux poétesses du monde hispanique du début du 20° siècle. En 2023, Meryem Koufi engage un projet rendant hommage aux voix féminines de la musique arabo- andalouse. Fin 2023 elle choisit de collaborer avec Mehdi Haddab (DuOud, Speed Caravan) en vue d’enregistrer une nouvelle création revisitant les pièces emblématiques du répertoire arabo-andalou. Enfin, Meryem Koufi mène un important travail de recherche et de transmission. Elle anime fréquemment des workshops et depuis trois ans, des ateliers d’éducation culturelle en milieu scolaire. Musicologue, elle est membre du groupe de recherche autour des potentialités thérapeutiques des compositions d’Hildegarde de Bingen de l’Université Rennes 2. À l’invitation du CIRMA dirigé par Marcel Pérès, elle recrée actuellement à l’Abbaye de Noirlac « Les Vêpres de la Vierge » d’Hildegarde de Bingen, en vue d’un enregistrement prévu en 2024.

Khaled Al Jaramani, voix et oud

Khaled Al Jaramani est né en 1972, à Sweida, Syrie. Il a suivi des cours d’oud chez le professeur Fayez Zher Eddine puis s’est inscrit à l’Institut Supérieur de Musique dans la classe du professeur Askar Ali Akbar. Encore étudiant, il a suivi des ateliers dirigés par Mounir Bachir et Nassir Chamma. Il a obtenu son diplôme en 1999. Khaled Aljaramani aborde la musique comme un voyage dans l’être intérieur. C’est une recherche continuelle entre l’accord musical et l’émotion. Ses projets artistiques sont autant d’expériences et d’échanges d’idées autour des formes musicales et de la rencontre transculturelle. Il a obtenu son diplôme en 1999 de l’Institut Supérieur de Musique à Damas en Syrie. En solo il enregistre en 2013 son album « Athar/Trace » en partenariat avec l’Institut du Monde Arabe de Paris pour le label Harmonia Mundi. Le projet Interzone élaboré avec le guitariste français Serge Teyssot-Gay est un dialogue entre la guitare électrique et le oud, l’orient et l’occident. Cinq albums sont parus entre 2005 et 2024 chez Barclay/Universal, Intervalle Triton et L’autre Distribution. Le projet BAB ASSALAM naît de la rencontre avec le clarinettiste français Raphael Vuillard. Il s’inspire de la pensée soufie, méditative, en lui donnant une direction dramaturgique, poétique et transcendantale. Trois albums sont parus (Bab Assalam en 2008 pour Harmonia Mundi ; Zyriab et Maram en 2015 et 2019 pour Inoui Distribution) accompagnés de tournées de concerts sous la tutelle du Centre Culturel Français : Qatar, Mali, Arabe Saoudite, Maroc, Syrie, Jordanie). Il fonde le duo Shadcaravanne en 2015 avec la harpiste et chanteuse française d’origine malgache Landy Andriamboavonjy.

Yasmine Rabet, percussions

Yasmine Rabet, née à Béjaïa en Algérie en 1994, a vécu une vie musicale et académique pleine de découvertes. À l’âge de 6 ans, elle a rejoint l’Association Culturelle Ahbab Cheikh Sadek el Bejaoui, commençant son apprentissage musical avec la mandoline, avant de découvrir le violon puis le violoncelle. En quête de nouvelles opportunités et de développement artistique, Yasmine décide en 2017 de s’installer en Tunisie. Là-bas, elle a approfondi ses connaissances en Musique Assistée par Ordinateur (MAO) à l’Académie d’Art de Carthage. Durant cette période, elle a collaboré avec DJ YANE pour donner naissance à un projet novateur mêlant DJing, chant et percussions. En 2020, Yasmine retourne en Algérie, où elle a partage son savoir en donnant des cours de guitare, chant et percussion. L’année 2021 marque un tournant majeur lorsque Yasmine choisit de s’installer à Paris. Elle est inscrite en Licence de Musicologie à Sorbonne Université et rejoint le pupitre de percussions au sein de l’Orchestre de Sorbonne Université (COSU), ainsi que l’Orchestre Féminin de l’association Ahbab Cheikh Sadek el Bejaoui basé à Paris. Elle persiste à enseigner la musique, partageant son amour et ses connaissances avec les autres. Ainsi, la vie de Yasmine est un voyage marqué par la diversité et l’authenticité, illustrant son engagement envers la musique et l’apprentissage.

Les œuvres au programme

Ouverture
* Bachraf Al Âdjami (ouverture du Franc) – pièce instrumentale traditionnelle

Ode à la nature
* Dhilal (Les ombres) – pièce instrumentale traditionnelle
* Kallili (La montagne couronnée), poème d’Ibn Sanāʾal-Mulk (XIIe siècle) et mis en musique par Mohamed Osman (1855-1900)

Enseigner l’amour
* Cantiga de Santa Maria n°1, anonyme (XIIIe siècle) – pièce instrumentale
* Rimoun Nadhratni (Ils ont appris l’art de l’amour aux chrétiens) – chanson traditionnelle

Chansons de femmes
* L’invitation – poème de Hafsa Bint Al Hadjdj (1135 – 1191) mis en musique par Meryem Koufi
* Estat ai en grès cossirièr (J’ai été en grand tourment), canso de la Comtesse de Die mise en musique par Clémence Niclas

La guerre
* Al Harb (La guerre), poème d’Ibn Al Khatib (1313-1374) mis en musique par Khaled Aljaramani
* Pós de chantar m’es pres talenz (Puisque le désir m’a pris de chanter, je ferai un vers qui m’attriste), poème de Guillaume IX de Poitiers (1071-1127) mis en musique par Clémence Niclas
* Belicha (La guerre), estampie issue du manuscrit de Londres (XIVe siècle) – pièce instrumentale

Réconciliation
* In seculum n°105, issu du Codex Bamberg (XIIIe siècle) – pièce instrumentale
* Cantiga de Santa Maria n° 344 (où deux armées maures et chrétiennes évitent une bataille par l’intercession de la Vierge Marie), anonyme (XIIIe siècle) 

Du trobar au tarab
* Can l’erba fresch’ e.lh folha par (Quand l’herbe est fraîche et la feuille paraît), canso de Bernart de Ventadorn (1135-1194)
* Inni Dakartuki (Je me souviens de toi avec bonheur), poème d’Ibn Zaydoun (1003-1071) mis en musique par Khaled Aljaramani

Les textes chantés et leurs traductions

Ode à la nature / Kallili
اه كللي يا سحب هامات الربى بالحلي
و اجعلي سوارك منعطف الجدول
يا سما فيك وفي الارض نجوم و ما
كلما اخفيت نجما اشرقت انجما
وهي لاتهطل الا بالطلا و الدما
اه اهطلي على قطوف الكرم كي تنتلي
و احملي للدن طعم الشهد و الفوفل
Ah ! Nuages couronnez les cimes des montagnes avec des perles
Et faites des ruisseaux ses bracelets
Oh ciel ! En toi et sur Terre il y a des étoiles
Et chaque fois que tu fais disparaitre une étoile tu en fais apparaitre d’autres
Oh ciel, ce sont du vin et du sang qui tombent de toi,
Puisses-tu pleuvoir et remplir les fruits des vignes
Tu leur apportes le goût du miel et des girofles.
Enseigner l’amour / Anonyme – Rimoun Nadhratni
رِيـمٌ نَظْرَتْـنِي شُغِـفِتُ بِهَا * طَلَّتِ مِنَ البَـابْ بِسَنَا نُورِهَا
وَهْيَ تَقُـولْ في أَوَّلْ بَدِيـهَة
الأَنْـدَلُسْ يَفْـهَمُوا الإِشَـارَة ـ هُمْ عَلَّمُوا الحُبَّ إِلَى النَّصَارَى
يَا مَنْ مَلْـكَتْ قَلْبِـيَ المُتَـيَّمْ * رَانِـي نُحِـبَّكْ وَاللهُ يَعْـلَمْ
خَايَفْ لاَ نَمُوتْ عَاشِقْ مُتَـيَّمْ
وَمَنْ يُحِـبَّكْ يَا قَمَرْ فِي دَارَة ـ عْلاَشْ تُـوَدِّي لَـهُ الخَـسَارَة
الأَنْـدَلُسْ يَفْـهَمُوا الإِشَـارَة ـ هُمْ عَلَّمُوا الحُبَّ إِلَى النَّصَارَى
Regard furtif d’une biche qui m’a séduit :
Apparition lumineuse au seuil de la porte.
Surprenante, elle déclama inopinément :
L’Andalou, possédant le sens des subtilités,
Initia le Chrétien aux jeux de l’amour.
Ô toi qui règnes sur mon cœur asservi,
Dieu sait à quel point je t’aime.
Je crains de mourir esclave inassouvi :
A l’’amant qui t’adore, ô astre rayonnant,
Pourquoi infliges-tu la pénible frustration ?
L’Andalou, possédant le sens des subtilités,
Initia le Chrétien aux jeux de l’amour.
Chansons de femmes / Hasfa Bint Al Hadj Ar-Rakuniyya – L’invitation
ازورك ام تزور لأن قلبي بما تشتهي ابدا يميل
فثغري مورد عذب زلال وفرع ذؤابتي ظل ظليل
وقد أملت أن تضما و تضحى إذا وافى إليك بي المقيل
فعجل بالجماب فما جميل إباؤك عن بثينة يا جميل
Ou tu me rends visite ou bien c’est à moi de venir à toi, mon cœur, vers ce que tu désires, incline à jamais
Ma bouche est une source, son eau est douce, délicieuse ; et ma chevelure abondante, répand d’agréables ombrages
Mon souhait est que tu sois assoiffé, brûlé par le soleil, lorsque l’heure méridienne te surprendra à mes côtés
Dépêche-toi de répondre, car dédaigner Buthayna, O Djamil, c’est indigne de toi.
Comtesse de Die – Estat ai eu grèu cossirièr
Estat ai en greu cossirier
per un cavallier q’ai agut,
e voill sia totz temps saubut
cum eu l’ai amat a sorbrier;
ara vei q’ieu sui trahida
car eu non li donei m’amor,
don ai estat en gran error
en lieig quand sui vestida.
J’ai été en grand souci
Pour un chevalier qui a été le mien,
Et je désire que soit su à tout jamais
Combien je l’ai aimé.
Maintenant, je vois que je suis trahie
Parce que je ne lui ai pas accordé mon amour :
Ce dont j’ai souffert grande douleur,
Aussi bien dans mon lit que quand je suis vêtue.
Ben volria mon cavalier
tener un ser e mos bratz nut
q’el s’en tengra per ereubut
sol q’a lui fezes cosseiller;
car plus m’en sui abellida
no fetz Floris de Blanchaflor:
eu l’autrei mon cor e m’amor
mon sen, mos houills e ma vida.
Je voudrais bien tenir un soir
mon chevalier nu dans mes bras
Et qu’il se tint si comblé
Si seulement je lui servais de coussin.
Car que suis plus éprise de lui
que Floire ne le fut de Blanchefleur :
Je lui octroie mon cœur et mon amour,
Ma raison, mes yeux et ma vie.
Bels amics avinens e bos,
cora.us tenrai en mon poder?
e que jagues ab vos un ser
e qu’ie.us des un bais amoros;
sapchatz, gran talen n’auria
qu’ie.us tengues en luoc del marit,
ab so que m’aguessetz plevit
de far tot so qu qu’ieu volria.
Bel ami, charmant et courtois,
Quand vous tiendrai-je en mon pouvoir ?
Que ne suis-je couchée un soir auprès de vous
Pour vous donner un baiser d’amour !
Sachez que j’aurais grand désir de vous tenir
(Dans mes bras) à la place de mon mari,
Pourvu que vous m’eussiez promis
De faire tout selon mon désir.
La guerre / Ibn Al Khatib – Al Harb
اضرمتني في الحرب نار اضطرام بين العظام
نومي على الاجفان قد حرم ذكر الحمى
هل عائد الأنس من بعدما قد أعدماأو هل يجود الدهر بنيل اقتراح هذا انتزاح
أم هل يلين القلب بعد الجماح
Le feu ardent de la guerre s’immisce entre mes os
Le souvenir de mon pays natal a ôté le sommeil de mes yeux
La paix décapitée reviendra-t-elle un jour ?
Le temps volera-t-il au secours de l’exilé ?
Le cœur finira-t-il par s’attendrir après la colère ?
Guillaume de Poitiers – Pòs de chantar
Pòs de chantar m’es pres talentz,
Farai un vers don sui dolenz :
Mais non serai obedienz
En Peitau ni en Lemozí.
Puisque j’ai connu le désir de chanter,
je ferai un « vers » qui m’attriste :
jamais plus je ne serai servant d’amour
ni en Poitou ni en Limousin.
Qu’èra m’en irai en eissilh :
En gran paor, en gran perilh,
En guerra laissarai mon filh,
E faràn li mal siei vezí.
Car maintenant je vais partir pour l’exil :
en grande peur et en grand péril,
en guerre je laisserai mon fils,
et ses voisins lui feront du mal.
De proeza e de jói fui,
Mas ara partem ambedui ;
Et eu irai m’en a celui
On tuit pecador tróban fi.
Je fus l’ami de prouesse et de joie ;
mais maintenant nous nous séparons
et je m’en irai vers celui auprès de qui
tous les pécheurs trouvent la paix.
Mout ai estat coindes e gais,
Mas nòstre Sénher no’l vòl mais ;
Ar non puèsc plus soffrir lo fais,
Tant soi aprochatz de la fi.
J’ai été fort aimable et fort gai ;
mais Notre Seigneur ne veut plus qu’il en soit ainsi :
maintenant je ne puis plus supporter le fardeau,
tant je suis proche de la fin.
Tot ai guerpit quant amar suèlh,
Cavalaria et orguèlh,
E pòs Dieu platz, tot o acuèlh,
E prèc li que’m reteng’ amb si.
J’ai laissé tout ce que j’aimais,
chevalerie et orgueil :
puisqu’il plaît à Dieu, j’accepte tout,
et le prie de me retenir auprès de lui.
Totz mos amics prèc a la mòrt
Que vengan tuit e m’onren fòrt,
Qu’eu ai avut jòi e depòrt
Lonh e près et e mon aizí.
Je prie tous mes amis de venir,
quand je mourrai, pour m’honorer grandement ;
car j’ai connu la joie et le plaisir,
loin et près d’ici, et jusque dans ma demeure.
Aissí guerpisc jòi e dépòrt
E vair’ e gris e sembelí.
Ainsi je laisse et joie plaisir,
et vair et zibeline.
Réconciliation
Cantiga de Santa Maria 344
« Comment Sainte Marie de Tudia fit en sorte qu’une compagnie de chrétiens et une autre de maures campent près de Son église une nuit sans se voir afin qu’ils ne s’attaquent pas. »
Os que a Santa María saben fazer reverença,
A macar se non amen eles, ela met’ avẽença.
La Vierge Marie apporte l’harmonie parmi ceux qui l’honorent,
même entre ceux qui n’ont pas d’amour les uns pour les autres.
No tempo quando de mouros | foi o reino de Sevilla,
en aquela sa eigreja | de Tudía maravilla
conteceu ũa vegada; | e mui gran sabor me filla
de dizer como foi esto | por haverdes mais creença.
A l’époque où le royaume de Séville appartenait aux maures,
un miracle s’est produit dans Son église à Tudia.
Il me fait grand plaisir de vous raconter comment cela s’est produit
car votre croyance en ressortira plus forte.
Gran cavalgada de mouros | saiu pera os crischãos
correr e fazer-lles dano, | e passou sérras e chãos
e chegaron a Tudía, | todos sas lanças nas mãos,
e ben a par da eigreja | pousaron sen deteença.
Une grande cavalerie de maures se préparait à attacher les chrétiens
et à leur faire grand mal en passant à travers les champs et les plaines.
Ils arrivèrent à Tudia avec des lances dans leurs mains
et établirent le camp sans tarder à côté de l’église.
Assí foi que essa noite | muit’ en paz alí jouvéron;
e d’ outra parte crischãos | sa cavalgada fezéron,
e cabo dessa eigreja | bẽes os outros maséron,
ca daquel logar partir-se | non houvéron atrevença.
Ainsi cette nuit là ils étaient encore paisibles.
De l’autre côté de l’église les chrétiens assemblant leur cavalerie
établirent leur camp à côté de l’église, les uns à côtés des autres car ils n’osaient pas s’éloigner de cet endroit.
car ils n’osaient pas s’éloigner de cet endroit.
E tan cerca essa noite | ũus d’ outros albergaron,
que mais cerca non podían; | e na font’ abeveraron
séus cavalos a beveren, | e tanto non braadaron
que s’ oíssen nen se vissen | nen soubéssen connocença.
Les deux compagnies se mirent à l’abri cette nuit-là
si près qu’ils ne pouvaient pas être plus près.
Ils emmenèrent même leurs chevaux boire à la fontaine et aucun d’eux ne hennit.
Ainsi ils ne s’entendirent, ni ne se virent, ni n’eurent aucun indice de la présence de leur ennemi.
Assí tod’ aquela gente | foi de sũu albergada
a derredor da eigreja, | que sól non sentiron nada
ũus d’ outros por vertude | da Reínna corõada,
a que todos essa noite | fezéron obedeença.
Ainsi, grâce au pouvoir de la Reine Couronnée
à qui ils obéirent tous cette nuit-là,
cette foule de soldats se reposa autour de l’église
en n’ayant aucune conscience de l’autre armée.
Outro día madurgada | todos dalí se partiron;
e depois que cavalgaron | e sen sospeita se viron,
muito s’ ên maravillaron; | des i tréguas se pediron
por haveren deste feito | como fora connocença
Le lendemain à l’aube ils quittèrent tous l’endroit
et quand ils montèrent à cheval et se découvrirent finalement
ils furent émerveillés. Aussitôt ils demandèrent une trêve
car ils prirent conscience qu’un miracle s’était réalisé.
Du trobar au tarab / Bernart de Ventadorn – Can l’erba fresch
Can l’erba fresch’ e.lh folha par
E la flors boton’ el verjan,
El rossinhols autet e clar
Leva sa votz e mou so chan,
Joi ai de lui, e joi ai de la flor
E joi de me e de midons major!
Daus totas partz sui de joi claus e sens,
Mas sel es jois que totz autres jois vens.
Quand naissent l’herbe fraîche et la feuille,
Et que la fleur boutonne au verger
Et que le rossignol haut et clair
Elève la voix et moud son chant,
Quelle joie j’ai de lui, et joie de la fleur
Et joie de moi – même et grand’ joie de ma dame,
De toute part je sens la joie qui m’entoure,
Mais de toutes joies la plus grande vient d’elle.
Meravilh me com posc durar
Que no.lh demostre mo talan.
Can eu vei midons ni l’esgar,
Li seu bel olh tan be l’estan:
Per pauc me tenh car eu vas leis no cor.
Si feira eu, si no fos per paor,
C’anc no vi cors melhs talhatz ni depens
Ad ops d’amar sia tan greus ni lens.
Merveille est pour moi de pouvoir vivre
Sans lui découvrir un tel amour.
Quand je vois la belle qui m’est chère,
Ses yeux si beaux dans son beau visage,
Il s’en faut de peu qu’à elle je ne coure.
Le ferais si n’étais retenu par peur
Car onc ne futs corps mieux paré pour l’amour
Qui se montrât plus lent à prendre ses flammes.
Ibn Zaidoun – Inni Dhakartuki
اني ذكرتك بالزهراء مشتاقا
و الافق طلق و وجه الارض قد راقا
و للنسيم اعتلال في اصائله
كانه رق لي فاعتل اشفاقا
يوم كأيام لنا انصرمت
بتنا لها حين مال الدهر سراقا
نلهو بما يستميل العين من زهر
Je me souviens de toi quand j’étais à Zaharaa
L’horizon était très clair et la face de la Terre était apaisée
Le souffle de la brise était si doux
Comme s’il avait senti mon état, il a pris pitié de moi
Ce jour-là est comme une journée de notre passé
Que je souhaiterais voler et vivre à nouveau
Pour échapper à notre tristesse regardons les fleurs pliées sous le poids de la rosée du matin.