Egeria : En terras Despanya
Dimanche 31 août, Feldbach
Programme de salle
Quelques mots sur la musique
« Celui qui chante prie deux fois », dit une phrase attribuée à Saint Augustin, et bien que son origine soit incertaine, elle contient une vérité profonde : la musique transcende les mots et élève l’esprit vers le divin et l’humain. Ce programme est un voyage à travers les échos les plus raffinés des polyphonies ibériques médiévales, recueillies dans les codex de Las Huelgas, Madrid et Calixtino, qui nous guideront à travers les préoccupations les plus profondes de la société hispanique médiévale.
L’itinéraire commence par la dévotion mariale, symbole de pureté et de refuge spirituel. Sa figure, céleste et proche, incarne la consolation d’une humanité en quête de rédemption. Des hauteurs mystiques, le programme descend vers un culte plus terrestre : celui de saint Jacques, patron et protecteur de ces terres. À l’époque des croisades et des reconquêtes, sa figure est devenue l’étendard d’une foi qui cherchait à restaurer l’ordre divin dans la péninsule ibérique.
Le parcours nous conduira à explorer deux autres concepts essentiels de la pensée médiévale. Tout d’abord, l’omniprésence de la mort, toujours proche et certaine, comme une ombre qui accompagne chaque pas de l’homme médiéval, qui vit avec la certitude que la fin des temps approche. Cette familiarité avec la mortalité a profondément marqué ses créations, et la musique est devenue le reflet de son angoisse et de son espoir face au cataclysme. Enfin, nous aborderons l’essence humaine à partir de sa fragilité : le péché, cette condition inévitable qui définit l’homme comme un être faillible luttant entre la culpabilité et la rédemption, entre le poids des actes et la promesse de la vie éternelle.
Ce concert est un voyage dans l’âme médiévale, où la musique n’est pas seulement son, mais prière, refuge et miroir d’une humanité qui, malgré le passage du temps, continue de battre avec les mêmes désirs et les mêmes peurs, cherchant dans la musique un moyen de se transcender.
Les musicien•ne•s...
Lucía Martín-Maestro Verbo
direction artistique, voix et lyre
Fabiana Sans Arcílagos
co-direction, voix et percussion
Estela Vicente Díaz
voix
Ana Escudero Sismondi
voix
... et leurs parcours
EGERIA n’est pas seulement un ensemble musical, c’est une expérience qui transcende le temps. Fondé par les visionnaires Lucía Martín-Maestro Verbo et Fabiana Sans Arcílagos, ce projet est né avec une mission claire : réinventer la musique médiévale et lui donner une nouvelle dimension. Avec une approche fraîche, vibrante et accessible, EGERIA ne se contente pas d’éduquer et de connecter, mais récupère et célèbre la richesse de notre héritage culturel, en le transformant en une expérience vivante qui fait vibrer les publics de tous âges.
Depuis sa création, EGERIA a conquis les scènes les plus prestigieuses d’Espagne, offrant plus d’une centaine de concerts dans des festivals renommés tels que FeMÁS à Seville, SMADE à Estella (Navarre), le Festival international de Santander, le Festival international de Grenade et la Semaine de la musique religieuse de Cuenca, s’affirmant comme une référence sur la scène musicale espagnole et captivant des publics de toutes sortes.
La reconnaissance ne s’est pas fait attendre. EGERIA a reçu le prix de la presse décerné par l’Association des groupes espagnols de musique ancienne (GEMA) du meilleur ensemble et le prestigieux label FestClásica 2024. Leur premier album, Imperatrix Agatha : Monodías y polifonías del Tropario de Catania, une œuvre pionnière qui sauve un répertoire pratiquement inédit, a été salué par le MIN Award du meilleur album classique 2024 et le GEMA Audience Award du meilleur album 2024. Ce projet, créé à la Quincena Musical de San Sebastián, témoigne de son engagement en faveur de l’innovation et de l’excellence artistique.
En 2023, EGERIA a été sponsorisé par Ibermúsicas pour présenter sa musique au Mexique, en donnant une tournée de concerts et en proposant des masterclasses à l’Université Nationale Autonome et au Conservatoire National, en consolidant ainsi sa projection internationale au-delà des frontières européennes. En outre, sa trajectoire a été récompensée par le prix GEMA du meilleur groupe de musique médiévale, ce qui renforce son leadership dans ce domaine.
Mais son travail va au-delà de la scène. EGERIA s’est lancé dans une mission de sauvetage du patrimoine musical hispanique, comme en témoigne son récent enregistrement des six hymnes de San Isidro, contenus dans le Codex de Jean Diacre. Ce travail permet non seulement de récupérer un trésor unique du répertoire médiéval espagnol, mais il réaffirme également l’engagement d’EGERIA dans la diffusion d’un héritage musical d’une valeur historique et artistique incalculable.
Les œuvres au programme
La foi
Ihesu clementissime. Conductus [Hu, f. 161]
Ave Regina / Alma redemptoris / [Alma] Motet [Hu, f. 113v]
O Maria Virgo / O Maria maris stella / [In veritate]. Motet [Hu, f. 102v-103]
Mater patris et filia. Conductus [Hu, f. 147v]
A madre de Ihesu Christu. Cantiga [CSM 302]
La guerre
Regi perennis hodie. Trope [CC, f. 139]
Qui vocasti supra mare. Trope [CC, f. 134]
Congaudeant catholici. Conductus [CC, f. 214]
Psallat chorus celestium. Hymne [CC, f. 101v]
La mort
Audi pontus. Sequence [Hu, f. 167v]
Homo miserabilis/Brumas est mort. Motet [Hu, f. 127v]
Plange Castella. Planctus [Hu, f. 160]
Muito faz grand’erro. Cantiga [CSM 209]
Le péché
In saeculum. Hoquetus [Ma, f. 122v]
Hypocrite pseudopontifices / O quam sancta. Motet [Ma, f. 132-132v]
Da castitatis. Conductus [Hu, f. 131-132v]
Belial vocatur. Motet-Conductus [Hu, f. 82-83]
Hu : Codex las Huelgas | Ma: Codex Madrid | CC: Codex Calixtinus | CSM: Cantigas de Santa María
Les textes chantés et leurs traductions
| Ihesu clementissime | |
| Ihesu clementissime qui in diluvio reservasti Noe, aqua in vino mutasti in Cana Galilee; “Heli et Heli” in cruce clamasti; ad latronem dixisti: “Amen dico tibi, hodie, mecum eris in Paradiso”, Tu, libera animam eius de fraude. |
Jésus très miséricordieux, toi qui, lors du déluge, as sauvé Noé, qui as changé l’eau en vin à Cana de Galilée ; qui as crié sur la croix, « Elohi, Elohi », qui as dit au voleur : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis », délivre son âme de l’erreur. |
| Ave regina / Alma redemptoris / Alma | |
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Triplum Motetus Tenor |
Triplum Motetus Ténor |
| O Maria, virgo Davitica / O Maria maris stella / In veritate | |
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Quadruplum Triplum/Motetus Tenor |
Quadruplum Triplum/Motetus Ténor |
| Mater patris et filia | |
| Mater patris et filia mulierum letitia stella maris eximia audi nostra suspiria regina poli curie mater misericordie in hac valle miserie sis nobis porta venie per tuum virgo filium confer nobis remedium bone fili prece matris perduc nos ad regna patris. Amen. |
À la fois mère et fille du père Joie de toutes les femmes, Étincelante étoile de la mer, Écoute nos soupirs. Reine de l’assemblée céleste, Mère de miséricorde : Dans cette vallée de tristesse, Sois pour nous la porte de la grâce. Par ton fils, ô Vierge, Accorde-nous le remède, Et toi, Fils de bonté, à la prière de ta mère, Conduis-nous au royaume du Père. Amen |
| A Madre de Jhesu-Cristo | |
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A Madre de Jhesu-Cristo, 1. E dest’ un mui gran miragre 2. Este con outra gran gente 3. Outro dia de mannãa, 4. Ata que ben repentido 5. Tod’ aquest’ assi foi feito, |
La Mère de Jésus-Christ, 1. Je vais vous conter un grand miracle, 2. Celui-ci était venu en pèlerinage, 3. Le lendemain matin, 4. Ce ne fut qu’après s’être repenti 5. Tout cela se fit ainsi, |
| Regi perhennis glorie | |
| Regi perhennis glorie sit canticum letitie Qui triumphum victorie Iacobo dedit hodie. Tandem pro Dei filio sub Herodis imperio Se obtulit martyrio. Benedicamus Domino. Sic manus regis impias superavit et furias, Quia sedes ethereas ascendit. Deo gratias. |
Au Roi de la gloire éternelle un chant de joie soit élevé, car le prix de sa victoire, il l’a donné à Jacques en ce jour. Par amour pour le fils de Dieu, sur l’ordre impie d’Hérode, il souffrit le martyre. Bénissons le Seigneur. C’est ainsi qu’il vainquit les mains impures et furieuses du roi et monta vers les hauteurs éthérées, grâce à Dieu. |
| Qui vocasti supra mare | |
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Qui vocasti supra mare Quique ilum elegisti Qui solarem vultum tuum Qui vocasti Boanerges Qui Herodem peremisti Qui ditasti eius gleba Qui cum Patre regnas semper |
Toi qui, sur la mer de Galilée, Toi qui l’as choisi Toi qui lui as montré Toi qui, avec son frère, Toi qui as frappé Hérode, Toi qui, par son corps, as enrichi Toi qui règnes avec le Père pour toujours, |
| Congaudeant catholici | |
| Congaudeant catholici, Letentur cives celici die ista. Clerus pulcris carminibus Studeat atque cantibus die ista. Ergo carenti termino Benedicamus domino die ista. Magno patri familias Solvamus laudis gratias die ista. |
Que se réjouissent en chœur les chrétiens, Que soient dans l’allégresse en ce jour les citoyens des cieux. Que les clercs composent et chantent de beaux poèmes en ce jour. C’est pourquoi, sans fin, bénissons le Seigneur en ce jour. Au grand Père de nous tous, adressons nos remerciements et nos louanges en ce jour. |
| Psallat chorus celestium | |
| Psallat chorus celestium, letetur plebs fidelium, nunc resonent perpetuam apostolorum gloriam. In quorum choro Iacobus primus fulget apostolus nam per Herodis gladium primum sumpsit poli tronum. Hic Zebedei Iacobus Maior vocatur et probus, Qui facit in Gallecia Miraculorum milia. Ad templum cuius splendidum cunctorum cosmi climatum occurrunt omnes populi narrantes laudes Domini. Armeni, Greci, Apuli, Angli, Galli, Daci, Frisi, cuncte gentes, lingue, tribus illuc pergunt muneribus. Zelus Patris et Filii et Spiritus Paracliti nostra perfundat viscera per Iacobi suffragia. Amen. |
Que chante le chœur des habitants du ciel, Que se réjouisse la foule des fidèles, Qu’elle fasse aujourd’hui retentir La gloire éternelle des apôtres. Dans leur chœur resplendit Au premier rang l’apôtre Jacques Car le premier, par le glaive d’Hérode, Il a gagné le royaume céleste. Ici, Jacques, fils de Zébédée, Est nommé le Majeur, le probe, Et il accomplit en Galice Des miracles sans nombre. Vers son sanctuaire resplendissant, De toutes les régions du monde Accourent les peuples, Rendant grâce au Seigneur. Arméniens, Grecs, Apuliens, Anglais, Gaulois, Daces et Frisons, Toutes les nations, langues et peuples Affluent là, chargés de présents. Que l’amour du Père, du Fils Et de l’Esprit paraclet Se répandent dans nos cœurs Par la bienveillance de Jacques. Amen. |
| Audi pontus, audi tellus | |
| Audi pontus, audi tellus, audi maris, magni limbus, audi homo, audi omne quod vivit sub sole: prope est, veniet. Ecce iam dies est, dies illa, dies invisa dies amara que celum fugiet, sol erubescet, luna fugabitur, sidera super terram cadent. Heu miser! Heu! Cur, homo, ineptam sequeris leticiam? |
Écoute la mer, écoute la terre, écoute la surface du grand océan, écoute, homme, écoute tout ce qui vit sous le soleil : Il est proche, il viendra. Et voilà que vient le jour, ce jour-là, jour détestable jour amer où le ciel s’enfuira, où le soleil rougira, où la lune fuira, où les astres tomberont sur terre. Ah ! Malheureux, ah ! Malheureux homme, recherches-tu la joie inepte ? |
| Homo miserabilis / Brumas est mort | |
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Duplum Tenor |
Duplum Ténor |
| Plange, Castella misera | |
| Plange, Castella misera, Plange pro rege Sancio, Quem terra, pontus, ethera Ploratu plangent anxio. Casum tuum considera, Patrem plangens in filio, Qui etate tam tenera, Concusso regni solio, Cedes sentit et vulnera. |
Pleure, pauvre Castille, pleure le roi Sancho, que la terre, la mer et le ciel pleurent avec d’anxieuses lamentations. Pense à ton destin, pleure le père dans le fils, qui, à un âge si tendre ébranla le trône royal et souffrit les blessures et la mort. |
| Muito faz grand’ erro, e em torto jaz | |
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Muito faz grand’ erro, e em torto jaz, 1. Mas em este torto per rem nom jarei 2. E, como nom devo haver gram sabor 3. Porém vos direi o que passou per mi, 4. Ca una door me filhou [i] atal 5. E os físicos mandavam-me poñer 6. Que nom braadei nem senti nulha rem 7. E, pois virom a mercee que me fez |
Une grande faute commet, et demeure dans l’erreur, 1. Mais jamais je ne persisterai dans une telle erreur, 2. Et comment ne prendrais-je pas plaisir 3. C’est pourquoi je vais vous raconter ce qui m’est arrivé, 4. Car je ressentais une telle douleur 5. Les médecins me recommandaient 6. Je cessai de crier et ne sentis plus rien 7. En voyant la grande pitié qu’elle m’avait montrée, |
| In seculum | Pour les siècles |
| In veritate comperi quod sceleri | |
| In veritate comperi quod sceleri cleri studet unitas livor regnat veritas datur fumeri heredes luciferi sunt prelati iam elati gloria menbra domat alia capitis in sania ceci duces que cecorum excecati terrenorum ydolatria querunt omnes propria manus patent et iam latent crucis beneficia luge Syon filia fructus uris messium ignis in caudis vulpium tristes per ypocritas simulata santitas ut thamar in bivio turpi marcens ocio totum orbem inficit nec deficit nec proficit data libertati castitatem polluit caritatem renuit studens parcitati sedet in infidiis luminum pre filiis pauperem ut rapiat et linguarum gladiis iustum ut interficiat non est qui tonum faciat istorum quorum consciencia spelunca latronum hanc vite videns omnia deus ulcionum. |
En vérité, j’ai découvert que le clergé se consacre ensemble au crime. L’envie règne, la vérité est livrée à la fumée. Les prélats sont les héritiers de Lucifer, déjà élevés dans la gloire, leurs membres domptent d’autres par la folie de la tête. Ce sont des guides aveugles des aveugles, aveuglés par l’idolâtrie des choses terrestres. Tous cherchent leurs propres intérêts, les mains s’ouvrent, mais les bienfaits de la croix se cachent déjà. Pleure, fille de Sion, les fruits de tes moissons sont brûlés, le feu est dans les queues des renards. Tristes à cause des hypocrites, Le simulacre de la sainteté comme Thamar au carrefour, se flétrit dans une oisiveté honteuse. Il infecte le monde entier, ne manque ni n’avance. Offert à la liberté, il corrompt la chasteté rejette la charité, s’applique à l’avarice. Il est tapi en embuscade devant les enfants de lumière pour ravir le pauvre et, avec les épées des langues, tuer le juste. Il n’est personne pour accorder la voix de ceux dont la conscience est une caverne de voleurs. Celui qui voit tout dans cette vie, le Dieu des vengeances. |
| Da castitatis thalamum | |
| Da castitatis thalamum, ventrem virginalem. Pater dedit Filio valle speciale. Invenire poterat quis in mundo talem ut portaret Filium, Patri coequalem |
Donne le lit de chasteté, le ventre virginal. Le Père l’a donné au Fils comme demeure particulière. Qui pourrait trouver dans le monde une semblable qui portât le Fils, égal au Père ? |
| Belial vocatur | |
| Belial vocatur diffusa caliditas Muse dominatur militantis novitas Benedictus exitus nesciens errorem Decorus introitus conferens amorem Mensus ulnis Simeonis dominatur omnium Miratur infusionis natura officium O benedicamus Domino. |
La ruse est partout, et son nom est Bélial. La Muse est maîtresse d’un nouvel art de la guerre. Bénie est la sortie, qui ignore l’erreur, Gracieuse est l’entrée qui apporte l’amour. Celui que Siméon tint dans ses bras Est le maître de toutes choses : La nature s’émerveille du rite de l’effusion. Bénissons le Seigneur. |