Egeria : En terras Despanya
Dimanche 31 août, Feldbach

Programme de salle

Quelques mots sur la musique

« Celui qui chante prie deux fois », dit une phrase attribuée à Saint Augustin, et bien que son origine soit incertaine, elle contient une vérité profonde : la musique transcende les mots et élève l’esprit vers le divin et l’humain. Ce programme est un voyage à travers les échos les plus raffinés des polyphonies ibériques médiévales, recueillies dans les codex de Las Huelgas, Madrid et Calixtino, qui nous guideront à travers les préoccupations les plus profondes de la société hispanique médiévale.

L’itinéraire commence par la dévotion mariale, symbole de pureté et de refuge spirituel. Sa figure, céleste et proche, incarne la consolation d’une humanité en quête de rédemption. Des hauteurs mystiques, le programme descend vers un culte plus terrestre : celui de saint Jacques, patron et protecteur de ces terres. À l’époque des croisades et des reconquêtes, sa figure est devenue l’étendard d’une foi qui cherchait à restaurer l’ordre divin dans la péninsule ibérique.

Le parcours nous conduira à explorer deux autres concepts essentiels de la pensée médiévale. Tout d’abord, l’omniprésence de la mort, toujours proche et certaine, comme une ombre qui accompagne chaque pas de l’homme médiéval, qui vit avec la certitude que la fin des temps approche. Cette familiarité avec la mortalité a profondément marqué ses créations, et la musique est devenue le reflet de son angoisse et de son espoir face au cataclysme. Enfin, nous aborderons l’essence humaine à partir de sa fragilité : le péché, cette condition inévitable qui définit l’homme comme un être faillible luttant entre la culpabilité et la rédemption, entre le poids des actes et la promesse de la vie éternelle.

Ce concert est un voyage dans l’âme médiévale, où la musique n’est pas seulement son, mais prière, refuge et miroir d’une humanité qui, malgré le passage du temps, continue de battre avec les mêmes désirs et les mêmes peurs, cherchant dans la musique un moyen de se transcender.

Les musicien•ne•s...

Lucía Martín-Maestro Verbo
direction artistique, voix et lyre

Fabiana Sans Arcílagos
co-direction, voix et percussion

Estela Vicente Díaz
voix

Ana Escudero Sismondi
voix

... et leurs parcours

EGERIA n’est pas seulement un ensemble musical, c’est une expérience qui transcende le temps. Fondé par les visionnaires Lucía Martín-Maestro Verbo et Fabiana Sans Arcílagos, ce projet est né avec une mission claire : réinventer la musique médiévale et lui donner une nouvelle dimension. Avec une approche fraîche, vibrante et accessible, EGERIA ne se contente pas d’éduquer et de connecter, mais récupère et célèbre la richesse de notre héritage culturel, en le transformant en une expérience vivante qui fait vibrer les publics de tous âges. 

Depuis sa création, EGERIA a conquis les scènes les plus prestigieuses d’Espagne, offrant plus d’une centaine de concerts dans des festivals renommés tels que FeMÁS à Seville, SMADE à Estella (Navarre), le Festival international de Santander, le Festival international de Grenade et la Semaine de la musique religieuse de Cuenca, s’affirmant comme une référence sur la scène musicale espagnole et captivant des publics de toutes sortes.

La reconnaissance ne s’est pas fait attendre. EGERIA a reçu le prix de la presse décerné par l’Association des groupes espagnols de musique ancienne (GEMA) du meilleur ensemble et le prestigieux label FestClásica 2024. Leur premier album, Imperatrix Agatha : Monodías y polifonías del Tropario de Catania, une œuvre pionnière qui sauve un répertoire pratiquement inédit, a été salué par le MIN Award du meilleur album classique 2024 et le GEMA Audience Award du meilleur album 2024. Ce projet, créé à la Quincena Musical de San Sebastián, témoigne de son engagement en faveur de l’innovation et de l’excellence artistique.

En 2023, EGERIA a été sponsorisé par Ibermúsicas pour présenter sa musique au Mexique, en donnant une tournée de concerts et en proposant des masterclasses à l’Université Nationale Autonome et au Conservatoire National, en consolidant ainsi sa projection internationale au-delà des frontières européennes. En outre, sa trajectoire a été récompensée par le prix GEMA du meilleur groupe de musique médiévale, ce qui renforce son leadership dans ce domaine.

Mais son travail va au-delà de la scène. EGERIA s’est lancé dans une mission de sauvetage du patrimoine musical hispanique, comme en témoigne son récent enregistrement des six hymnes de San Isidro, contenus dans le Codex de Jean Diacre. Ce travail permet non seulement de récupérer un trésor unique du répertoire médiéval espagnol, mais il réaffirme également l’engagement d’EGERIA dans la diffusion d’un héritage musical d’une valeur historique et artistique incalculable.

Les œuvres au programme

La foi

Ihesu clementissime. Conductus [Hu, f. 161]

Ave Regina / Alma redemptoris / [Alma] Motet [Hu, f. 113v]

O Maria Virgo / O Maria maris stella / [In veritate]. Motet [Hu, f. 102v-103]

Mater patris et filia. Conductus [Hu, f. 147v]

A madre de Ihesu Christu. Cantiga [CSM 302]

La guerre

Regi perennis hodie. Trope [CC, f. 139]

Qui vocasti supra mare. Trope [CC, f. 134]

Congaudeant catholici. Conductus [CC, f. 214]

Psallat chorus celestium. Hymne [CC, f. 101v]

La mort

Audi pontus. Sequence [Hu, f. 167v]

Homo miserabilis/Brumas est mort. Motet [Hu, f. 127v]

Plange Castella. Planctus [Hu, f. 160]

Muito faz grand’erro. Cantiga [CSM 209]

 

Le péché

In saeculum. Hoquetus [Ma, f. 122v]

Hypocrite pseudopontifices / O quam sancta. Motet [Ma, f. 132-132v]

Da castitatis. Conductus [Hu, f. 131-132v]

Belial vocatur. Motet-Conductus [Hu, f. 82-83]

Hu : Codex las Huelgas | Ma: Codex Madrid | CC: Codex Calixtinus | CSM: Cantigas de Santa María

Les textes chantés et leurs traductions
Ihesu clementissime
Ihesu clementissime
qui in diluvio reservasti Noe,
aqua in vino mutasti
in Cana Galilee;
“Heli et Heli” in cruce clamasti;
ad latronem dixisti:
“Amen dico tibi,
hodie, mecum eris in Paradiso”,
Tu, libera animam eius de fraude.
Jésus très miséricordieux,
toi qui, lors du déluge, as sauvé Noé,
qui as changé l’eau en vin
à Cana de Galilée ;
qui as crié sur la croix, « Elohi, Elohi »,
qui as dit au voleur :
« En vérité, je te le dis,
aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis »,
délivre son âme de l’erreur.
Ave regina / Alma redemptoris / Alma

Triplum
Ave, regina celorum,
Ave, Domina angelorum,
Salve, radix sancta,
Ex qua mundo lux est orta.
Gaude, gloriosa,
super omnes speciosa,
vale, valde decora,
et pro nobis semper
Christum exora.

Motetus
Alma redemptoris mater,
que pervia celi porta manes et stella maris,
succurre cadenti surgere
qui curat populo:
tu, que genuisti, natura mirante,
tuum sanctum genitorem.
Virgo prius ac posterius,
Gabrielis ab ore sumens illud ave,
peccatorum miserere.

Tenor
Alma

Triplum
Je te salue, reine des cieux,
Je te salue, Patronne des anges,
Je te salue, racine sacrée
D’où a jailli la lumière du monde.
Réjouis-toi, glorieuse,
belle entre toutes,
Je te salue, très noble
Et toujours, pour nous,
prie le Christ.

Motetus
Mère aimante du rédempteur,
toujours porte du ciel et étoile de la mer,
viens au secours du peuple déchu
qui s’efforce de se relever.
Toi qui as porté, à l’étonnement de la nature,
ton saint créateur ;
Et restas vierge après comme avant,
en acceptant l' »Ave » de Gabriel :
Aie pitié de nous, pauvres pécheurs.

Ténor
Alma

O Maria, virgo Davitica / O Maria maris stella / In veritate

Quadruplum
O Maria, virgo Davitica,
Virginum flos, Vite spes unica,
Via venie, Lux gratie,
Mater clementie,
Sola iubes in arce celica.
Obediunt tibi milicie;
Sola sedes in trono glorie,
Gratia plena, fulgens deica.
Stelle stupent de tua specie,
Sol, luna de tua potencia,
Que luminaria in meridie
Tua facie vincis omnia.
Prece pia mitiga filium,
Miro modo cuius es filia,
Ne iudicemur in contrarium,
Sed det eterna
vite premia.

Triplum/Motetus
O Maria, maris stella, Plena gratie,
Mater simul et puella, Vas mundicie,
Templum nostri redemptoris, Sol iusticie,
Porta celi, spes reorum, tronus glorie,
Sublevatrix miserorum, Vena venie,
Audi servos te rogantes, Mater gratie,
Ut peccata sint ablata per te hodie,
Qui te puro laudant corde in veritate.

Tenor
In veritate

Quadruplum
Ô Marie, vierge de la lignée de David,
Fleur des vierges, unique espoir de vie,
Chemin du pardon, lumière de la grâce,
mère de miséricorde,
Toi seule commandes dans la citadelle céleste,
Les armées du ciel t’obéissent,
Toi seule sièges sur le trône de gloire,
Pleine de grâce, brillant divinement,
Les étoiles sont éblouies par ta beauté,
Le soleil et la lune par ta puissance,
Et les astres du midi,
Tu les éclipses tous par ton visage,
Par une prière sainte, supplie ton Fils,
Toi qui miraculeusement es sa fille,
Afin que nous ne soyons pas condamnés,
Mais qu’il nous accorde la récompense
de la vie éternelle.

Triplum/Motetus
Ô Marie, étoile de la mer, pleine de grâce,
À la fois mère et vierge, vase de pureté,
Temple de notre Rédempteur, soleil de justice,
Porte du ciel, espérance des coupables, trône de gloire,
Soutien des malheureux, chemin de pardon,
Écoute tes serviteurs qui te supplient, mère de grâce,
Afin que soient ôtés par toi aujourd’hui,
Les péchés de ceux qui te louent d’un cœur pur.

Ténor
En vérité.

Mater patris et filia
Mater patris et filia
mulierum letitia
stella maris eximia
audi nostra suspiria
regina poli curie
mater misericordie
in hac valle miserie
sis nobis porta venie
per tuum virgo filium
confer nobis remedium
bone fili prece matris
perduc nos ad regna patris. Amen.
À la fois mère et fille du père
Joie de toutes les femmes,
Étincelante étoile de la mer,
Écoute nos soupirs.
Reine de l’assemblée céleste,
Mère de miséricorde :
Dans cette vallée de tristesse,
Sois pour nous la porte de la grâce.
Par ton fils, ô Vierge,
Accorde-nous le remède,
Et toi, Fils de bonté, à la prière de ta mère,
Conduis-nous au royaume du Père. Amen
A Madre de Jhesu-Cristo

A Madre de Jhesu-Cristo,
que é Sennor de nobrezas,
non soffre que en sa casa
façan furtos nen vilezas.

1. E dest’ un mui gran miragre
vos direi que me juraron
omees de bõa vida
e por verdade mostraron
que fezo Santa Maria
de Monssarrat, e contaron
do que fez un avol ome
por mostrar sas avolezas.
A Madre de Jhesu-Cristo
que é Sennor de nobrezas…

2. Este con outra gran gente
vino y en romaria,
e acolleu-ss’ a un ome
con que fillou conpania;
e quando chegou a noite,
os dinneiros que tragia
lle furtou da esmolneira
por crecer en sas requezas.
A Madre de Jhesu-Cristo
que é Sennor de nobrezas…

3. Outro dia de mannãa,
des que as missas oyron,
os que ali albergaron
da eigreja sse sairon;
mas el en sair non pode,
e esto muitos o viron,
ca non quis Santa Maria,
que é con Deus nas altezas,
A Madre de Jhesu-Cristo
que é Sennor de nobrezas…

4. Ata que ben repentido
foss’ e ben mãefestado
e todo quanto furtara
ouvess’ ao outro dado,
e que dissess’ ante todos
de com’ avia errado,
e sayss’ en con vergonna
por sas maas astruguezas.
A Madre de Jhesu-Cristo
que é Sennor de nobrezas…

5. Tod’ aquest’ assi foi feito,
ca o quis a verdadeira
Madre de Deus piadosa,
santa e mui justiceira,
que non quis que en sa casa
fossen per nulla maneira
feitas cousas desguisadas
nen cobiiças per pobrezas.
A Madre de Jhesu-Cristo
que é Sennor de nobrezas…

La Mère de Jésus-Christ,
qui est dame de toute noblesse,
ne tolère point que dans sa maison
soient commis vols ni vilenies.

1. Je vais vous conter un grand miracle,
que des hommes de vie honnête
ont juré avoir vu,
et qu’ils m’ont enseigné comme
étant véridique :
ce miracle, sainte Marie de Montserrat
l’accomplit pour qu’un homme égaré
reconnaisse sa folie.
La Mère de Jésus-Christ,
qui est dame de toute noblesse…

2. Celui-ci était venu en pèlerinage,
accompagné de nombreux autres,
et s’associa à un homme,
marchant en sa compagnie.
Mais à la tombée de la nuit,
dans le but d’augmenter sa richesse,
il lui vola l’argent qu’il portait
dans sa bourse de pèlerin.
La Mère de Jésus-Christ,
qui est dame de toute noblesse…

3. Le lendemain matin,
après avoir assisté aux messes,
tous ceux qui avaient passé la nuit là
sortirent de l’église.
Mais lui ne put sortir,
et cela fut vu de beaucoup,
car sainte Marie, qui siège avec Dieu
dans les hauteurs, ne le permit pas.
La Mère de Jésus-Christ,
qui est dame de toute noblesse…

4. Ce ne fut qu’après s’être repenti
et confessé convenablement,
et après avoir rendu tout ce
qu’il avait dérobé à l’autre,
et avoir raconté devant tous
ce qu’il avait fait de mal,
qu’il put sortir de là,
honteux de ses actes malheureux.
La Mère de Jésus-Christ,
qui est dame de toute noblesse…

5. Tout cela se fit ainsi,
car telle fut la volonté
de la vraie Mère de Dieu, pieuse,
sainte et juste,
qui ne permet point que dans sa maison,
sous aucun prétexte,
soient accomplies des choses insensées,
pas même par l’envie des pauvres.
La Mère de Jésus-Christ,
qui est dame de toute noblesse…

Regi perhennis glorie
Regi perhennis glorie
sit canticum letitie
Qui triumphum victorie
Iacobo dedit hodie.
Tandem pro Dei filio
sub Herodis imperio
Se obtulit martyrio.
Benedicamus Domino.
Sic manus regis impias
superavit et furias,
Quia sedes ethereas
ascendit. Deo gratias.
Au Roi de la gloire éternelle
un chant de joie soit élevé,
car le prix de sa victoire,
il l’a donné à Jacques en ce jour.
Par amour pour le fils de Dieu,
sur l’ordre impie d’Hérode,
il souffrit le martyre.
Bénissons le Seigneur.
C’est ainsi qu’il vainquit
les mains impures et furieuses du roi
et monta vers les hauteurs éthérées,
grâce à Dieu.
Qui vocasti supra mare

Qui vocasti supra mare
Iacobum Galilee. E.

Quique ilum elegisti
apostolica vice. E.

Qui solarem vultum tuum
monstrasti ei monte. E.

Qui vocasti Boanerges
illum cum eius fratre. E.

Qui Herodem peremisti
vindex pro eius nece. E.

Qui ditasti eius gleba
populum Gallecie. E.

Qui cum Patre regnas semper
tibi sit laus, rex pie. E.

Toi qui, sur la mer de Galilée,
as appelé Jacques . E.

Toi qui l’as choisi
pour le ministère apostolique. E.

Toi qui lui as montré
ton visage tel que le soleil sur la montagne. E.

Toi qui, avec son frère,
l’as appelé Boanergès. E.

Toi qui as frappé Hérode,
vengeant sa mort. E.

Toi qui, par son corps, as enrichi
le peuple de Galice. E.

Toi qui règnes avec le Père pour toujours,
à toi louange, Roi de miséricorde. E.

Congaudeant catholici
Congaudeant catholici,
Letentur cives
celici die ista.
Clerus pulcris carminibus
Studeat atque
cantibus die ista.
Ergo carenti termino
Benedicamus domino die ista.
Magno patri familias
Solvamus laudis
gratias die ista.
Que se réjouissent en chœur les chrétiens,
Que soient dans l’allégresse en ce jour
les citoyens des cieux.
Que les clercs composent et chantent
de beaux poèmes en ce jour.
C’est pourquoi, sans fin,
bénissons le Seigneur en ce jour.
Au grand Père de nous tous,
adressons nos remerciements
et nos louanges en ce jour.
Psallat chorus celestium
Psallat chorus celestium,
letetur plebs fidelium,
nunc resonent perpetuam
apostolorum gloriam.
In quorum choro Iacobus
primus fulget apostolus
nam per Herodis gladium
primum sumpsit poli tronum.
Hic Zebedei Iacobus
Maior vocatur et probus,
Qui facit in Gallecia
Miraculorum milia.
Ad templum cuius splendidum
cunctorum cosmi climatum
occurrunt omnes populi
narrantes laudes Domini.
Armeni, Greci, Apuli,
Angli, Galli, Daci, Frisi,
cuncte gentes, lingue, tribus
illuc pergunt muneribus.
Zelus Patris et Filii
et Spiritus Paracliti
nostra perfundat viscera
per Iacobi suffragia. Amen.
Que chante le chœur des habitants du ciel,
Que se réjouisse la foule des fidèles,
Qu’elle fasse aujourd’hui retentir
La gloire éternelle des apôtres.
Dans leur chœur resplendit
Au premier rang l’apôtre Jacques
Car le premier, par le glaive d’Hérode,
Il a gagné le royaume céleste.
Ici, Jacques, fils de Zébédée,
Est nommé le Majeur, le probe,
Et il accomplit en Galice
Des miracles sans nombre.
Vers son sanctuaire resplendissant,
De toutes les régions du monde
Accourent les peuples,
Rendant grâce au Seigneur.
Arméniens, Grecs, Apuliens,
Anglais, Gaulois, Daces et Frisons,
Toutes les nations, langues et peuples
Affluent là, chargés de présents.
Que l’amour du Père, du Fils
Et de l’Esprit paraclet
Se répandent dans nos cœurs
Par la bienveillance de Jacques. Amen.
Audi pontus, audi tellus
Audi pontus, audi tellus,
audi maris, magni limbus,
audi homo, audi omne
quod vivit sub sole:
prope est, veniet.
Ecce iam dies est,
dies illa, dies invisa
dies amara que celum fugiet,
sol erubescet, luna fugabitur,
sidera super terram cadent.
Heu miser! Heu! Cur, homo,
ineptam sequeris leticiam?
Écoute la mer, écoute la terre,
écoute la surface du grand océan,
écoute, homme, écoute tout
ce qui vit sous le soleil :
Il est proche, il viendra.
Et voilà que vient le jour,
ce jour-là, jour détestable
jour amer où le ciel s’enfuira,
où le soleil rougira, où la lune fuira,
où les astres tomberont sur terre.
Ah ! Malheureux, ah ! Malheureux homme,
recherches-tu la joie inepte ?
Homo miserabilis / Brumas est mort

Duplum
Homo miserabilis,
Tu nunquam stabilis,
Quomodo letaris?
Vita tua debilis,
Et mors tua flebilis,
Quare non contristaris?
Nan per mortem transies
Et non reverteris,
Flagilis ut glacies
Et cras moveris,
Semel mori in hac vita,
Est tua sors,
Certus esto, ne dubtes.
Brumas est mort.

Tenor
Brumas est mort

Duplum
Homme misérable,
Tu n’es jamais constant
Comment peux-tu te réjouir ?
Ta vie est fragile
et ta mort affligeante.
Comment n’es-tu pas accablé ?
Car tu traverseras la mort
Et ne reviendras pas,
Éphémère comme la glace.
Et demain tu mourras.
Mourir en cette vie, une seule fois,
Est ton destin,
Sois-en sûr et n’en doute pas.
Brumas est mort.

Ténor
Brumas est mort

Plange, Castella misera
Plange, Castella misera,
Plange pro rege Sancio,
Quem terra, pontus,
ethera Ploratu plangent anxio.
Casum tuum considera,
Patrem plangens in filio,
Qui etate tam tenera,
Concusso regni solio,
Cedes sentit et vulnera.
Pleure, pauvre Castille,
pleure le roi Sancho,
que la terre, la mer et le ciel pleurent
avec d’anxieuses lamentations.
Pense à ton destin,
pleure le père dans le fils,
qui, à un âge si tendre
ébranla le trône royal
et souffrit les blessures et la mort.
Muito faz grand’ erro, e em torto jaz

Muito faz grand’ erro, e em torto jaz,
a Deus quem lhe nega o bem que lhe faz.

1. Mas em este torto per rem nom jarei
Que nom cont’ o bem que del recebud’ hei
Per sa madre Virgem, a que sempr’ amei,
E de a loar mais doutra rem me praz.

2. E, como nom devo haver gram sabor
Em loar os feitos daquesta senhor,
Que me val nas coitas e tolhe door
E faz-m’ outras mercees muitas assaz?
Muito faz grand’ erro…

3. Porém vos direi o que passou per mi,
Jazend’ em Bitoira enfermo assi
Que todos cuidavam que morress’ ali
E nom atendiam de mi bom solaz.

4. Ca una door me filhou [i] atal
Que eu bem cuidava que era mortal,
E braadava: “-Santa Maria, val,
E por ta vertud’ aqueste mal desfaz.”
Muito faz grand’ erro…

5. E os físicos mandavam-me poñer
Panos caentes, mas no-no quix fazer,
Mas mandei o livro dela aduzer;
E poserom-mi o, e logo jouv’ em paz.

6. Que nom braadei nem senti nulha rem
Da door, mas senti-me logo mui bem;
E dei ende graças a ela porém,
Ca tenho bem que de meu mal lhe despraz.

7. E, pois virom a mercee que me fez
Esta Virgem santa, senhor de gram prez,
Loaro-na muito todos dessa vez,
Cada um poendo em terra sa faz.
Muito faz grand’ erro…

Une grande faute commet, et demeure dans l’erreur,
celui qui refuse à Dieu le bien qu’Il lui accorde.

1. Mais jamais je ne persisterai dans une telle erreur,
en omettant de raconter le bien que j’ai reçu de Lui,
par l’intercession de Sa Mère, la Vierge, que j’ai toujours aimée
et que j’aime à louer par-dessus toute autre chose.

2. Et comment ne prendrais-je pas plaisir
à chanter les louanges de cette Dame
qui me secourt dans les tribulations, qui soulage mes douleurs
et me comble de tant d’autres faveurs ?
Une grande faute commet…

3. C’est pourquoi je vais vous raconter ce qui m’est arrivé,
lorsque j’étais malade à Vitoria,
si gravement que tous croyaient que j’allais y mourir,
et n’attendaient plus aucun rétablissement.

4. Car je ressentais une telle douleur
que je croyais moi-même ma fin proche,
et je criais : « Sainte Marie, viens à mon secours
et détruis ce mal par ta puissance ! »
Une grande faute commet…

5. Les médecins me recommandaient
d’appliquer des linges chauds, mais je refusai,
et je demandai qu’on m’apporte son livre ;
on me le posa, et aussitôt je fus soulagé.

6. Je cessai de crier et ne sentis plus rien
de cette douleur ; au contraire, je me retrouvai en pleine forme.
C’est pourquoi je lui rendis grâce,
car je crois qu’elle ne veut pas me voir souffrir.

7. En voyant la grande pitié qu’elle m’avait montrée,
cette sainte Vierge, dame de grand renom,
tous se mirent à la louer abondamment,
le front contre terre, depuis ce jour.
Une grande faute commet…

In seculum Pour les siècles
In veritate comperi quod sceleri
In veritate comperi quod sceleri
cleri studet unitas
livor regnat veritas
datur fumeri
heredes luciferi sunt prelati
iam elati gloria
menbra domat alia
capitis in sania
ceci duces que cecorum
excecati terrenorum ydolatria
querunt omnes propria
manus patent et iam latent
crucis beneficia
luge Syon filia
fructus uris messium
ignis in caudis vulpium
tristes per ypocritas
simulata santitas
ut thamar in bivio
turpi marcens ocio
totum orbem inficit
nec deficit nec proficit
data libertati
castitatem polluit
caritatem renuit
studens parcitati
sedet in infidiis
luminum pre filiis
pauperem ut rapiat
et linguarum gladiis
iustum ut interficiat
non est qui tonum faciat istorum
quorum consciencia
spelunca latronum
hanc vite videns omnia
deus ulcionum.
En vérité, j’ai découvert que le clergé
se consacre ensemble au crime.
L’envie règne, la vérité
est livrée à la fumée.
Les prélats sont les héritiers de Lucifer,
déjà élevés dans la gloire,
leurs membres domptent d’autres
par la folie de la tête.
Ce sont des guides aveugles des aveugles,
aveuglés par l’idolâtrie des choses terrestres.
Tous cherchent leurs propres intérêts,
les mains s’ouvrent, mais les bienfaits de la croix
se cachent déjà.
Pleure, fille de Sion,
les fruits de tes moissons sont brûlés,
le feu est dans les queues des renards.
Tristes à cause des hypocrites,
Le simulacre de la sainteté
comme Thamar au carrefour,
se flétrit dans une oisiveté honteuse.
Il infecte le monde entier,
ne manque ni n’avance.
Offert à la liberté,
il corrompt la chasteté
rejette la charité,
s’applique à l’avarice.
Il est tapi en embuscade
devant les enfants de lumière
pour ravir le pauvre
et, avec les épées des langues,
tuer le juste.
Il n’est personne pour accorder la voix de ceux
dont la conscience
est une caverne de voleurs.
Celui qui voit tout dans cette vie,
le Dieu des vengeances.
Da castitatis thalamum
Da castitatis thalamum,
ventrem virginalem.
Pater dedit Filio
valle speciale.
Invenire poterat
quis in mundo talem
ut portaret Filium,
Patri coequalem
Donne le lit de chasteté,
le ventre virginal.
Le Père l’a donné au Fils
comme demeure particulière.
Qui pourrait trouver
dans le monde une semblable
qui portât le Fils,
égal au Père ?
Belial vocatur
Belial vocatur
diffusa caliditas
Muse dominatur
militantis novitas
Benedictus exitus
nesciens errorem
Decorus introitus
conferens amorem
Mensus ulnis Simeonis
dominatur omnium
Miratur infusionis
natura officium
O benedicamus Domino.
La ruse est partout,
et son nom est Bélial.
La Muse est maîtresse
d’un nouvel art de la guerre.
Bénie est la sortie,
qui ignore l’erreur,
Gracieuse est l’entrée
qui apporte l’amour.
Celui que Siméon tint dans ses bras
Est le maître de toutes choses :
La nature s’émerveille
du rite de l’effusion.
Bénissons le Seigneur.