COMET MUSICKE : CONSONNANCES IMPARFAITES
SAMEDI 13 SEPTEMBRE, OTTMARSHEIM

Programme de salle

Quelques mots sur la musique

Le chant grégorien, ou chant monodique, est sans doute le pilier sur lequel ont été conçues les premières traces de musique écrite en Occident. Pendant des siècles, l’art du plain-chant s’est développé dans toute l’Europe, chaque région ayant son propre style. Cependant, dans les îles britanniques, le goût pour la polyphonie, se développe très tôt, tandis que sur le continent, les musiciens s’en tiennent au plain-chant. Dès le début du XIIe siècle en Grande-Bretagne, on chante essentiellement à deux voix, et on dit même qu’au Pays de Galles, on chante à autant de voix qu’il y a de musiciens. Si les premières tentatives de polyphonie, probablement influencées par la tradition islandaise et irlandaise, étaient basées sur l’utilisation de quartes et de quintes parallèles, très vite la tradition des habitants des îles britanniques venus de Scandinavie (Danois et Norvégiens) a apporté un changement inhabituel : ils avaient un goût particulier pour  les consonances imparfaites – tierces et sixtes – un aspect qui marquera à jamais le style anglais.

Cette tradition ne semble pas provenir d’un exercice intellectuel de composition, mais plutôt de la pratique de l’improvisation. Les musiciens britanniques avaient la vertu de pouvoir chanter à plusieurs voix sur une mélodie donnée. C’est donc cette tradition qui déterminera la musique que l’on écrira plus tard : pour donner un exemple, on peut dire que l’improvisation du gymel (twin-chant) a influencé la naissance du conductus. Cette écriture à deux voix en intègre une troisième dès le XIIIe siècle. Ainsi naît le fameux discantus anglais, qui marquera non seulement la composition des îles britanniques mais aussi l’écriture musicale du continent : cette forme musicale donnera naissance au fameux faux-bourdon, adaptation plus structurée et systématique de l’art du discantus anglais.

Ainsi, Leonel Power et John Dunstable représentent le summum de l’écriture contrapuntique anglaise du début du XVe siècle. Dunstable était particulièrement reputé dans le milieu musical de l’époque : le compositeur, aussi mathématicien et astrologue, au service du Duc de Bedford, a probablement voyagé en France et même passé du temps dans le pays car le Duc a été nommé régent de France pendant les années 1420, puis gouverneur en Normandie. Cette musique a énormément influencé Gilles de Bins et Guillaume Dufay, les deux plus grands compositeurs de la cour de Bourgogne, école héréditaire de l’art de Power et Dunstable. Les belles chansons polyphoniques à trois voix de ces célèbres musiciens ont captivés les oreilles européennes. Les rondeaux des poètes comme Charles d’Orleans et Christine de Pizan, entre autres, ont été mis en musique par ces deux génies et le style contrapuntique anglais.

Comet Musicke retrace l’origine de cette pratique populaire : le chant polyphonique improvisé, basé sur l’utilisation de la tierce et de la sixte, si caractéristique de la “contenance angloise”, un art qui s’oppose à la couleur quelque peu “dure” de la musique française des XIIIe et XIVe siècles. A travers des exemples anciens et de l’art de l’improvisation, les musiciens illustreront le cheminement des maîtres médiévaux des îles britanniques. Ce programme varié montrera la trajectoire musicale de la musique anglaise, qui a donné naissance à de douces consonances, un goût qui s’est progressivement répandu dans toute l’Europe, changeant à jamais l’histoire de la musique occidentale.

 

Les musicien•ne•s...

Comet Musicke

Francisco Mañalich
ténor et vièle

Aude-Marie Piloz
vièle  

Sarah Lefeuvre
soprano et flûtes à bec

François Joron
ténor 

Cyrille Lerouge
contre-ténor

... et leurs parcours

Aude-Marie Piloz débute la musique à l’âge de six ans par lapprentissage du violoncelle. Son goût pour la musique ancienne ainsi quune rencontre décisive avec la violiste Nima Ben David la conduisent ensuite naturellement vers la viole de gambe, quelle étudie au CRR de Boulogne-Billancourt. Parallèlement, elle suit la Formation Supérieure aux Métiers du Son du CNSMDP puis travaille pour des productions discographique pour Warner, Erato, Alpha, Virgin Classics, Sony, Naïve, Paraty ou des retransmissions en direct de concerts et dopéras (Festival dart lyrique dAix-en- Provence, Verbier, Orchestre de Paris, Capitole de Toulouse, ONBA, Orchestre de Lille…) pour Radio Classique, Medici TV ou Arte Live Web. Elle travaille comme directrice artistique pour le chef estonien Paavo Järvi, avec lequel elle produit notament lintégrale des symphonies de Sibelius avec lOrchestre de Paris ainsi que plusieurs disques avec lEstonian Festival Orchestra. À la viole, outre lensemble Comet Musicke, quelle a co-créé en 2014, et avec lequel on la retrouve régulièrement en concert, elle est membre du consort de violes lAchéron avec lequel elle se produit dans toute lEurope. Elle collabore aussi avec les ensembles Hemiolia, Faenza, Leviathan, Le Concert des Planètes, le Consort de la Belle-Feuille, La Bellezza…

nor et violiste chilien, Francisco Mañalich développe depuis le début de son parcours une approche singulière de l’interprétation vocale : chanter en s’accompagnant dun instrument à cordes frottées. Sa démarche artistique sinscrit dans une continuité historique, du troubadour médiéval au romantisme, en passant par la musique baroque. Il utilise ainsi la vièle pour le répertoire du XVe siècle, la viole de gambe pour le baroque, et larpeggione pour les mélodies romantiques, donnant naissance à un dialogue expressif entre la voix et les « guitares à archet » à travers les époques. Après des études musicales à lUniversité Catholique du Chili, il sinstalle à Paris pour se perfectionner à la Sorbonne et au Conservatoire Supérieur de Paris, où il travaille notamment avec Christophe Coin. Il collabore régulièrement avec des ensembles de renom tels que Les Paladins, Cappella Mediterranea, La Tempête, Correspondances, La Fenice, Le Parlement de Musique, lEnsemble Baroque de Limoges, Le Poème Harmonique, Faenza, Il Festino, Sequenza et Dialogos. Depuis 2013, Francisco Mañalich participe à la production du Bourgeois Gentilhomme, mise en scène par Denis Podalydès et dirigée par Christophe Coin, créée au théâtre des Bouffes du Nord. Il y chante, joue de la viole de gambe et de la guitare, illustrant pleinement sa polyvalence de musicien. Cette production sera reprise en 2026 à lOpéra Royal de Versailles. En 2022, il revient aux Bouffes du Nord pour créer Le Rêve et la plainte, une pièce originale dont il compose la musique, quil interprète également en tant que chanteur et instrumentiste. Lannée suivante, il enregistre Guitare Sentimentale, un album produit par le label breton Son ar mein, où il interprète des mélodies de Schumann, Verdi et Ravel en saccompagnant à larpeggione. En 2014, il fonde lensemble Comet Musicke, dédié à lexploration de répertoires rares et éclectiques, du Moyen Âge à l’époque baroque.

Sarah Lefeuvre est une musicienne éclectique, qui navigue entre les époques et les styles. Elle est diplômée du Pôle sup93 en 2014 en obtenant un DNSPM, un DE et un master de musicologie à Paris VIII. Aujourdhui elle est très sollicitée pour cette double facette dinstrumentiste-chanteuse en musique ancienne, dans des projets musicaux variés tels que la Cie la Tempête (Simon-Pierre Bestion), lensemble Faenza (Marco Horvat), Comet Musicke (Francisco Manalich), Le Hassler Consort (Franz Raml). On peut la rencontrer aussi parfois à lopéra, au théâtre avec la compagnie Les pieds nus (Bastien Ossart), dans un répertoire folk aux côtés de Piers Faccini ou bien contemporain dans des créations de Ari Alsina ou Gonzalo Bustos (ensemble Sillages).

François Joron intègre la Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois en 1995 et participe aux tournées internationales de cette maitrise jusquen 2000. En 2009, il entre au Centre deMusique Baroque de Versailles, il sy spécialise dans le style baroque. Il obtient son prix en 2012 avec les félicitations du jury. Il valide ensuite un prix de chant lyrique concertiste au Conservatoire de Paris (CRR) en 2015. Il chante régulièrement en tant que soliste avec des ensembles renommés tels que lensemble Correspondances, le Concert Spirituel, le CMBV, les Surprises, La Tempête… Il rejoint en 2017 lensemble Comet Musicke avec lequel il enregistre « Quinze » un double-disque » Gilles de Bins/Johannes Ockeghem (paru en 2019) ainsi quun second double-disque consacré au compositeur espagnol de la renaissance Diego Ortiz (paru en septembre 2021). Il enregistre également pour le label Harmonia Mundi, avec lEscadron Volant de la Reine, des Madrigaux à cinq voix inédits, des airs et villanelles de Kapsberger. Dernièrement il a été mis en valeur dans une interprétation remarquable des Vêpres de Monteverdi, données en France, Allemagne, Pologne, Pays-bas…

Né à Nogent-sur-Marne, Cyrille Lerouge intègre dès ses 7 ans la manécanterie de sa ville natale. Pendant plus de 10 ans, il y développe sa voix et son goût pour le chant en polyphonie. Il intègre plus tard le Département Supérieur pour JeunesChanteurs au CRR de Paris dont il sort avec son DEM. Il poursuit ses études musicales au Département de Musique Ancienne au sein de ce même conservatoire pour se familiariser avec la pratique historiquement informée. Depuis plusieurs années, il a loccasion de travailler, comme soliste ou chanteur densemble au sein de différents groupes: le Poème Harmonique (dir. Vincent Dumestre), les Métaboles (dir. Léo Warynski), Jacques Moderne (dir. JoëlSuhubiette) et depuis peu, La Tempête (dir. Simon-Pierre Bestion). Il a également eu lopportunité de chanter sous la direction de Stéphane Fuget, Graham OReilly, ou encore John Nelson. Toujours très attaché à la polyphonie ancienne a cappella, il pratique régulièrement cet exercice, avec les Voix  Animées, lEnsemble Cosmos et Comet Musicke. Il a récemment repris goût au théâtre en chantant des rôles opératiques, notamment le Chevalier de la Force avec la troupe Opérapproche, et le rôle dIxion dans la Descente dOrphée aux Enfers de Charpentier, au festival Mars en Baroque. En parallèle à ses études et sa pratique professionnelle du chant, Cyrille joue depuis 15 ans de la guitare, acoustique et électrique. Il prend lhabitude de saccompagner dans différents types de répertoire, et est embauché spécifiquement comme chanteur et guitariste dans certains ensembles. De manière autonome, il imagine un récital guitare et voix seul sur scène, Song Bearer.

Les œuvres au programme

Anonymes
Estampie “Principio di virtu” (Manuscript London, British Library Add. 29987)
Nobilis, humilis (Hymne à St. Magnus, ms. Uppsala, Iles Orcades)
Saltarello (Manuscript London, British Library Add. 29987)
Redit aetas aurea (pour le couronnement de Richard Coeur de Lion, Iles Orcanes)
Jesu Christes milde moder (ms. d’Arundel) 
Estampie “In pro” (Manuscript London, British Library Add. 29987)
Sumer is icumen in (ms. 978 Harley)
Beata viscera (ms. De Worcester)
Angelus ad virginem
Estampie “Chominciamento di gioia” – “Lamento di Tristano” (Manuscript London, British Library Add. 29987)

Leonel Power (1370/1385?-1445) :
Beata progeni es
Anima mea liquefacta es

Anonyme (ms. Roberts bridge) :
Estampie

Leonel Power (1370/1385?-1445) :
Ave Maris Stella
Mater ora filium
Ave regina coelorum

John Dunstable (v. 1390-1453) :
Ave maris stella
Ave regina celorum
Sancta Maria
Ascendit Christus
Durer ne puis
Puisque m’amour

Les textes chantés et leurs traductions

Anonyme (ms. Uppsala, Iles Orcades) : Nobilis, humilis (Hymne à St. Magnus)
Nobilis, humilis, Magne martyr stabilis Noble, humble, Magnus, martyr ferme et constant,
Habilis, utilis, comes venerabilis Valeureux, serviable, vénérable compagnon
Et tutor laudibilis tuos subditos Et protecteur digne de louange de tes fidèles,
Serva carnis fragilis, mole positos. Protège ceux qui sont accablés par le fardeau de la chair fragile.
Præditus, cœlitus, dono Sancti Spiritus Doué d’en haut par le don du Saint-Esprit,
Vivere, temere, summa caves opere Tu te gardes de vivre à la légère dans tes actes,
Carnis motus premere, studes penitus Tu t’efforces de réprimer les élans de la chair,
Ut carnis in carcere, regnet spiritus. Afin que, dans la prison du corps, l’esprit règne.
Gravia, tedia, ferens pro justicia, Supportant lourds fardeaux et épreuves pour la justice,
Raperis, terreris, donec ictu funeris Tu es enlevé, menacé, jusqu’à ce que, frappé par la mort,
Abymis extolleris ad cœlestia Des abîmes tu sois élevé aux cieux.
Sic Christo conjungeris per supplicia. Ainsi, par les supplices, tu es uni au Christ.
Pura gloria, signorum frequencia Pure gloire, fréquents miracles,
Canitur, agitur, Christus benedicitur, Sont chantés, proclamés ; le Christ est béni,
Et tibi laus redditur in Ecclesia Et à toi louange est rendue dans l’Église.
O quam felix cernitur hinc Orchadia. Ô combien heureuse apparaît, grâce à toi, l’Orkney.
Anonyme (Iles Orcanes) : Redit aetas aurea (pour le couronnement de Richard Coeur de Lion)
Redit aetas aurea Le siècle d’or revient,
Mundus renovator. Le monde se renouvelle.
Dives nunc deprimitur, Le riche est maintenant abaissé,
Pauper exaltatur, Le pauvre est élevé.
Omnis suo principi Tout le peuple félicite
Plebs congratulatur, Son souverain.
Nec est locus sceleri, Il n’y a plus de place pour le crime,
Scelus datur funeri, Le crime est conduit au tombeau,
Scandalum fugatur. Le scandale est chassé.
Anonyme (ms. d’Arundel) : Jesu Christes milde moder
Jesu Cristes milde moder La douce mère de Jésus-Christ
Stud, biheld hire sone o rode Se tenait debout, regardant son fils sur la Croix,
That he was ipined on. Là où il fut torturé.
The sone heng, the moder stud Le fils pendait, la mère se tenait,
And biheld hire childes blud, Et regardait le sang de son enfant,
Wu it of hise wundes ran. Comment il coulait de ses plaies.
Þo he starf, þat king is of lif, Alors mourut celui qui est le roi de la vie,
Dreriere nas neverre no wif Jamais femme ne fut plus affligée
Þan þu were, levedi, þo. Que toi, Dame, en ce moment-là.
Þe brithe day went into nith Le jour éclatant devint nuit ;
Þo Jesu Crist, þin herte lith, Alors Jésus-Christ, la lumière de ton cœur,
Was iqueint with pine and wo. Fut éteint par la douleur et le malheur.
Neue blisse he us broute Une joie nouvelle il nous a apportée,
That mankin so dere boute Il a racheté l’humanité à si haut prix,
And for us gaf is dere lif. Et pour nous a donné sa précieuse vie.
Glade and blithe thu us make, Rends-nous joyeux et comblés,
For thi suete sones sake, Pour l’amour de ton doux fils,
Edi maiden, blisful wif. Vierge bénie, femme bienheureuse.
Quen of evene, for thi blisse Reine du ciel, pour ta félicité,
Lithe al hure soriness Allège toutes nos peines
And went hur yvel al in to gud. Et transforme notre mal en bien.
Bring hus, moder, to thi sone, Conduis-nous, Mère, à ton Fils,
Mak hus evre with im wone Fais que nous soyons unis à lui pour toujours,
That hus boute wit his blud. Lui qui nous a rachetés par son sang. Amen.
Anonyme (ms. 978 Harley) : Sumer is icumen in
Sing cuccu nu. Sing cuccu. Chante maintenant, coucou. Chante, coucou.
Sing cuccu. Sing cuccu nu! Chante, coucou. Chante maintenant, coucou !
Sumer is icumen in, L’été est arrivé,
Lhude sing Cuccu! Chante fort, coucou !
GroweÞ sed, and bloweÞ med, La semence pousse et la prairie fleurit,
and springÞ wde nu. Et maintenant la forêt verdit.
Sing Cuccu! Chante, coucou !
Awe bleteÞ after lomb, La brebis bêle après l’agneau,
lhouÞ after calve cu. La vache meugle après le veau,
Bulluc sterteÞ, Le taurillon bondit,
bucke verteÞ, Le bouc pète,
murie sing Cuccu! Chante joyeusement, coucou !
Cuccu, cuccu, Coucou, coucou !
wel singes Þu Cuccu Tu chantes bien, coucou.
ne swik Þu naver nu. Ne t’arrête surtout pas.
Sing cuccu nu. Sing cuccu. Chante maintenant, coucou. Chante, coucou.
Sing cuccu. Sing cuccu nu! Chante, coucou. Chante maintenant, coucou !
Anonyme (ms. De Worcester) : Beata viscera
Beata viscera Mariae virginis, Béni soit le sein de la Vierge Marie,
quae fructu gravida aeterni germinis qui, chargé du fruit de la semence de l’Éternel,
in vitae poculo propinat [pro nobis dans la coupe de la vie nous offre,
et nostro vitia potum] dulcedinis. pour nos péchés, une gorgée de douceur.
Anonyme : Angelus ad virginem
Angelus ad Vírginem, L’ange à la vierge,
Sub intrans in concláve, entrant dans sa chambre,
Vírginis formídinem, pour apaiser la crainte de la vierge,
Demúlcens, inquit: Ave! dit : « Je te salue !
Ave regína vírginum; Salut, reine des vierges !
Cæli terræque Dóminum Le Seigneur du ciel et de la terre
Concípies et páries intácta, tu concevras et enfanteras, intacte.
Salútem hóminum; Il sera le salut des hommes.
Tu porta cæli facta, Te voila faite porte du ciel,
Medela críminum. remède des péchés. »
Leonel Power (1370/1385?-1445) : Beata progeni es
Beata progenies unde Christus natus est; Béni soit le parent dont le Christ est né ;
quam gloriosa est virgo que caeli regem genuit. Ô qu’elle est glorieuse, la Vierge qui mit au monde le Roi des cieux.
Anima mea liquefacta es
Anima mea liquefacta est, ut dilectus locutus est. Mon âme défaillit lorsque mon bien-aimé parla ;
Quaesivi et non inveni illum; vocavi et non respondit mihi. Je le cherchai, mais je ne le trouvai pas ;
Invenerunt me custodes civitatis, percusserunt me et vulneraverunt me. Je l’appelai, mais il ne me répondit point.
Tulerunt pallium meum custodes murorum. Les gardes de la ville me trouvèrent, me frappèrent et me blessèrent.
Filiae Hierusalem, nuntiate dilecto quia amore langueo. Filles de Jérusalem, annoncez-le à mon bien-aimé car je languis d’amour.
Leonel Power (1370/1385?-1445) : Ave Maris Stella
Ave, maris stella, Salut, Astre des mers,
Dei Mater alma, Aimante mère de Dieu,
Atque semper Virgo, Toujours vierge,
Felix caeli porta. Heureuse porte du ciel.
Sumens illud Ave Reçois cet Ave
Gabrielis ore, De la bouche de Gabriel,
Funda nos in pace, Établis-nous dans la paix,
Mutans Evae nomen. En retournant le nom d’Éve.
Ave regina coelorum
Ave Regina coelorum, Salut, Reine des cieux !
Ave Domina Angelorum: Salut, souveraine des anges !
Salve radix, salve porta, Salut, racine ! Salut, porte
Ex qua mundo lux est orta: d’où la lumière s’est levée sur le monde !
Gaude Virgo gloriosa, Réjouis-toi, Vierge glorieuse,
Super omnes speciosa, qui l’emportes sur toutes en beauté !
Vale, o valde decora, Salut, ô toute belle,
Et pro nobis Christum exora. et prie le Christ pour nous.
John Dunstable (v. 1390-1453) : Sancta Maria
Sancta Maria, non est tibi similis orta in mundo Sainte Marie, aucune personne née dans le monde
in mulieribus Florens ut rosa, n’est semblable à toi parmi les femmes,
flagrans sicut lilium, fleurissant comme la rose, brûlant comme le lys,
ora pro nobis, sancta Dei genitrix. prie pour nous, sainte Mère de Dieu.
Durer ne puis se je ne vous voy belle Je ne puis vivre si je ne vous vois, belle,
Et par ma foy tant que seray vivant. Et, par ma foi, tant que je serai vivant,
Autre de vous je n’ameray autant Une autre que vous je n’aimerai jamais autant,
Je vous promes doulce plaisant pucelle Je vous le promets, douce et gracieuse jeune fille.
Puisque m’amour m’a prins en desplaysir Puisque mon amour m’a pris en déplaisir,
Et a voulu aultre de moy eslire Et qu’elle a voulu choisir un autre que moi,
Esbatements, chanter, danser, ne rire Jeux, chants, danses, ni rires,
Tout mon vivant n’aray à plaisir Je n’aurai plus de plaisir tout au long de ma vie.
Onques je n’eux talent d’aultre servir Jamais je n’ai eu le désir d’en servir une autre,
Ne plus n’aray de sartein le puis dire Et je n’en aurai plus ; je puis l’affirmer avec certitude.
Puisque m’amour m’a prins en desplaysir Puisque mon amour m’a pris en déplaisir,
Et a voulu aultre de moy eslire Et qu’elle a voulu choisir un autre que moi.
Quant je me souviens de son doulx maintenir Quand je me souviens de sa douce attitude,
J’ay le cuer tel qu’à peu que ne seut dire J’ai le cœur si troublé qu’il ne sait que dire ;
Se bon espoir ne seust de mon mal mire Si le bon espoir ne savait guérir mon mal,
Je fueses mort mais je vivray martyre. Je serais mort, mais je vivrai en martyr.
Puisque m’amour m’a prins en desplaysir Puisque mon amour m’a pris en déplaisir,
Et a voulu aultre de moy eslire Et qu’elle a voulu choisir un autre que moi,
Esbatements, chanter, danser, ne rire Jeux, chants, danses, ni rires,
Tout mon vivant n’aray à plaisir Je n’aurai plus de plaisir tout au long de ma vie.