Épopée · Concert 5

Alkymia

La recette secrète
Dimanche 6 septembre 202618hSurbourg — ancienne abbatiale Saint-Jean-Baptiste

La musique

"La Recette secrète" est un savant mélange de chants et d’incantations, du Moyen Âge à nos jours. Transmutations sonores, déambulations, invitations subtiles à la danse et envolées lyriques : tels sont les ingrédients de cette alchimie vocale. Quatorze pièces, huit siècles, et pour tout appareil des voix — car la recette, ici, ne demande aucun instrument. Elle demande seulement que plusieurs voix consentent à faire ensemble quelque chose qu’aucune ne pourrait faire seule.

Le programme met en lumière deux grandes traditions de l’écriture vocale, nées au Moyen Âge et constamment réinventées depuis. Elles ne se succèdent pas : elles se croisent, et c’est de leur rencontre que naît le titre.

Première filiation : le canon

Faire chanter à plusieurs voix la même mélodie, mais décalée dans le temps — le procédé paraît d’une simplicité enfantine. Il produit pourtant l’un des effets les plus troublants de toute la musique : une voix se dédouble, se poursuit, se rattrape, et de ce simple décalage surgissent des accords que personne n’a écrits.

Sumer is icumen in, copié en Angleterre au milieu du XIIIe siècle, en est le témoin le plus fameux : quatre voix en canon au-dessus d’un motif répété à deux parties, soit six lignes simultanées, prouesse sans équivalent à cette date. Le Llibre Vermell de Montserrat, compilé vers 1399 à l’usage des pèlerins qui veillaient la nuit dans le sanctuaire, en donne une version populaire : O Virgo splendens et Laudemus Virginem y portent la rubrique caça de duobus vel tribus, chasse à deux ou trois voix. Le mot dit tout — les voix se courent après.

Brahms retrouve ce jeu six siècles plus tard, à Hambourg, où il dirige un chœur de femmes entre 1859 et 1862. Ses canons de l’opus 113 naissent là, dans un cadre presque domestique ; il ne les publiera qu’en 1891, comme on finit par montrer un carnet d’atelier. Puis vient Giacinto Scelsi, qui pousse le procédé à son extrémité : dans Sauh IV, double canon pour voix de femmes, l’imitation ne sert plus à construire une harmonie mais à faire battre des sons presque identiques les uns contre les autres. Le canon devient un instrument de mesure de l’intervalle, un microscope acoustique.

D’un bout à l’autre, la même intuition : l’imitation n’est pas un jeu mélodique, c’est une expérience sur la vibration, l’intervalle et le timbre.

Seconde filiation : la voix comme geste

L’autre lignée conçoit la voix non comme une ligne à combiner, mais comme un corps qui agit. Chez Hildegarde de Bingen, la mélodie de Favus distillans s’élance sur une amplitude qui excède tout ce que le chant liturgique de son temps autorise ; elle épouse un texte emprunté au Cantique des cantiques — « un rayon de miel qui distille » — et fait passer sans transition l’érotique nuptiale du côté de la vierge martyre. Geste mélodique, texte et modalité participent d’une même recherche.

Le Codex Las Huelgas, copié vers 1300 dans un monastère cistercien de moniales près de Burgos, transmet quant à lui une polyphonie savante que ces femmes chantaient elles-mêmes — le manuscrit contient jusqu’à un exercice de solfège à leur usage. Belial vocatur, motet-conduit, y déploie une écriture où la déclamation prime sur l’ornement.

Cette conception trouve des échos directs dans le XXe siècle. Chez Maurice Ohana, né à Casablanca d’ascendance andalouse, la superposition des plans tonals ouvre des paysages sonores nourris de mémoire méditerranéenne. Chez Alison Bauld, formée au théâtre avant la composition, la voix devient personnage : The Witches’ Song met en musique les sorcières de Macbeth, dont Shakespeare avait déjà écrit les répliques dans un mètre incantatoire à refrain, tranchant sur le vers de toute la pièce. Chez Daniel Alvarado Bonilla enfin, la virtuosité rythmique repousse les frontières du chant vers le souffle, le bruit et le jeu de rôle.

Le point de contact : l’incantation

Les deux filiations se rejoignent en un endroit précis, et ce n’est pas un hasard si le programme s’ouvre dessus. O Virgo splendens, prière à la Vierge, est suivi de Belial vocatur, où l’on nomme le démon. Deux appels, deux sommations — et strictement la même technologie : la répétition, la formule, le nom prononcé jusqu’à ce qu’il agisse.

Le Moyen Âge le savait, et s’en inquiétait. Les prédicateurs qui dénonçaient les danses en rond ne condamnaient pas la joie mais le soupçon qu’un cercle qui tourne en chantant puisse faire venir autre chose que ce qu’on croit appeler. Le compilateur du Llibre Vermell l’admet à demi-mot dans une note célèbre : puisque les pèlerins veulent chanter et danser pendant leurs veillées, mieux vaut leur fournir des pièces honnêtes que les laisser à leurs propres chansons. La ronde, la litanie et le charme sont trois usages d’une même mécanique.

De la Vierge à la mort

Le parcours a sa trajectoire. Il commence par une invocation mariale et s’achève sur une danse macabre. Ad mortem festinamus, qui ferme le Llibre Vermell comme il ferme ce concert, est la plus ancienne danse des morts notée qui nous soit parvenue. Son refrain tient en deux vers — nous courons à la mort, cessons donc de pécher — et sa dernière strophe abandonne le nous pour prendre l’auditeur à partie, un par un, sur une rime unique qui ne le lâche plus : tu seras un vil cadavre. Le Memento mori de Daniel Alvarado Bonilla, créé en 2014, l’annonce et le prépare, sept siècles plus tard, avec les moyens d’aujourd’hui.

À travers ces deux filiations, Recette secrète ne propose pas une traversée chronologique. Le programme fait circuler des gestes d’écriture d’un siècle à l’autre, met en contact des univers sonores qui se parlent — et qui, ce faisant, nous parlent ici et maintenant.

L’ensemble

Alkymia fait de la musique ancienne une matière vivante — une musique qui traverse les siècles, les cultures et les frontières pour nous saisir, ici et maintenant.

Fondé et dirigé par Mariana Delgadillo Espinoza, l’ensemble explore depuis plus de dix ans les liens entre répertoires anciens, traditions populaires et création. Voix, instruments anciens ou traditionnels, électronique parfois : sur scène, tout se tisse en une seule matière sonore. De cette alchimie naît une musique où les époques et les cultures se rencontrent et se transforment, faisant émerger des émotions nouvelles.

Cette démarche trouve son terrain le plus fertile dans le baroque latino-américain. Premier disque de l’ensemble, Sucreries : ¡Y se va la segunda! (Oktav Records, 2025) puise dans les archives de Sucre, en Bolivie, un répertoire colonial où le villancico espagnol croise les rythmes afro-andins. L’album a rencontré un large succès, avec plus de 30 000 écoutes en streaming et plus de 500 exemplaires vendus, et se prolonge aujourd’hui dans un second volet scénique.

Les artistes d’Alkymia forment un véritable alliage de voix et d’instruments. Ils donnent vie à des concerts généreux et incarnés, qui invitent le public à se laisser porter par des résonances venues d’hier pour écouter autrement le monde d’aujourd’hui. Depuis 2014, l’ensemble a créé quinze programmes couvrant neuf siècles de musique, et se produit en France comme à l’international.

Installé à Lyon, Alkymia est conventionné par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes et soutenu par la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la Ville de Lyon. Il est accueilli en résidence à la Fondation Singer-Polignac, porteur de projet au tiers-lieu Les Grandes Voisines, et reçoit le soutien de la Spedidam, de l’Adami, de la Sacem et du CNM. Son projet Recette secrète bénéficie du soutien de la Maison de la Musique Contemporaine. L’ensemble est membre de la Fédération des Arts Partagés et de la FEVIS.

Mariana Delgadillo Espinoza, direction

Cheffe de chœur et d’orchestre franco-bolivienne, Mariana Delgadillo Espinoza fonde Alkymia en 2014 et en assure depuis la direction artistique. Son travail tient en une conviction : les répertoires anciens ne sont pas des traces figées, mais une matière qui continue de circuler et de se transformer.

Elle découvre la direction de chœur au Conservatoire de Lyon, puis se forme au CNSMD de Lyon — master de direction d’ensembles vocaux et Artist Diploma —, à l’École normale de musique de Paris, au Musikfest Erzgebirge et à la Bachakademie de Stuttgart. En 2015, elle est lauréate du VIIIe Concours international d’Italie, où elle obtient le Premier Prix ainsi que le Prix spécial d’interprétation de la musique ancienne.

Chercheuse associée à l’Archive nationale de Bolivie, elle explore le patrimoine musical de Sucre, inscrit au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO, et travaille à la restitution d’œuvres vocales soutenues par une instrumentation baroque. De ce chantier est né le premier disque d’Alkymia, Sucreries (2025), premier volet d’une exploration au long cours du baroque latino-américain.

Régulièrement invitée à diriger, elle collabore avec La Tempête, Amarillis, Spirito, les chœurs d’Angers-Nantes Opéra et de l’Orchestre national des Pays de la Loire, ainsi qu’avec l’Orchestre symphonique national de Bolivie. Elle enseigne la direction de chœur au CRR de Chalon-sur-Saône, donne masterclasses et ateliers, et intervient en milieu carcéral.

Danseuse et instrumentiste, elle nourrit son travail d’une relecture engagée des œuvres, de leurs contextes historiques et de ce qu’elles peuvent encore dire à la société d’aujourd’hui.

Le programme

Première partie · Deux appels

L’invocation sacrée et son double infernal

  • Anonyme — Llibre Vermell de Montserrat (v. 1399), ff. 21v-22
  • 2. Belial vocatur motet-conduit
    Anonyme — Codex Las Huelgas (v. 1300)
  • Neige sur les orangers · Mayombé · Nuées
    Maurice Ohana (1913-1992) — extraits des Quatre chœurs pour voix d’enfants
Deuxième partie · Rondes et sortilèges

La ronde, la litanie, le charme : trois manières d’user de la répétition

  • Anonyme — Londres, British Library, ms. Harley 978, f. 11v
  • 4. Ave Maria, extrait des Litanies
    Giacinto Scelsi (1905-1988) — publié en 1970
  • Alison Bauld (née en 1944) — extrait des Two Shakespeare Songs, publié en 1990
Troisième partie · L’art du canon

De la caça de Montserrat au chœur de femmes de Hambourg

  • Anonyme — Llibre Vermell de Montserrat, ff. 22v-23
  • 7. Canon n° 13, extrait des Treize canons pour voix de femmes op. 113
    Johannes Brahms (1833-1897) — composé vers 1859-1863, publié en 1891
  • 8. Sauh IV double canon pour voix de femmes
    Giacinto Scelsi
  • 9. Canon n° 2, op. 113
    Johannes Brahms
Quatrième partie · Chantons tous ensemble

Louanges mariales, du répons à la danse de pèlerinage

Cinquième partie · Ad mortem

Le memento mori, d’une commande d’aujourd’hui à la plus ancienne danse macabre notée

Les artistes

  • Camille Joutardsoprano
  • Maud Haeringsoprano
  • Marie Remandetsoprano
  • Magali Perol-Dumorasoprano
  • Caroline Gesretalto
  • Alina Delgadillo Espinozaalto
  • Nicolas Kuntzelmannalto
  • Mathilde Dambricourtpercussions
  • Lou Renaud-Baillypercussions
  • Mariana Delgadillo Espinozadirection et orgue portatif

Textes chantés

↑ programme

O Virgo splendens

Anonyme — Llibre Vermell de Montserrat, ff. 21v-22 · canon à trois voix
O Virgo splendens hic in monte celso Miraculis serrato fulgentibus ubique Quem fideles conscendunt universi, Eya, pietatis oculo placato, Cerne ligatos fune peccatorum Ne infernorum ictibus graventur, Sed cum beatis tua prece vocentur.
Ô Vierge resplendissante, en haut de ce mont, irradiant l’éclat de tes miracles, montent de partout la foule des fidèles. Jetant ton regard bienveillant sur ceux qui sont pris dans les rets du péché, ne permet pas qu’ils sombrent en enfer, mais qu’ils rejoignent, grâce à ta prière, les bienheureux.
↑ programme

Belial vocatur

Anonyme — Codex Las Huelgas, f. 82r, n° 81 · motet-conduit à quatre voix
Belial vocatur Diffusa calliditas Muse dominatur Militantis novitas Benedictus exitus Nesciens errorem Decorus introitus Conferens amorem Mensus ulnis simeonis Dominatur omnium Miratur infusionis Natura officium Benedicamus domino
On appelle Belial la fourberie répandue partout. Il commande à la Muse, renouveau de celui qui sert Dieu. Une mort bénie, il ne connaît pas l’erreur, une naissance digne, qui apporte l’amour. Mesurée à l’aune de Siméon, il commande à toutes choses. Son serviteur admire l’essence de ce qu’il répand. Bénissons le Seigneur !
↑ programme

Neige sur les orangers

Maurice Ohana — extrait des Quatre chœurs pour voix d’enfants
Que serenina cae la nieve. Ea, ea, ea, duérmete mi bien. Tanto ha nevado que hasta los naranjales Han florecido. Pino verde.
Que la neige est sereine. Ea, ea, ea, endors-toi mon trésor. Il a tant neigé, qu'il semble que les orangers sont en fleurs. Pin vert.
↑ programme

Sumer is icumen in

Anonyme — Londres, British Library, ms. Harley 978, f. 11v · rota à six voix
Sumer is icumen in, Lhude sing cuccu! Groweþ sed and bloweþ med And springþ þe wde nu, Sing cuccu! Awe bleteþ after lomb, Lhouþ after calue cu. Bulluc sterteþ, bucke uerteþ, Murie sing cuccu! Cuccu, cuccu, wel singes þu cuccu; Ne swik þu nauer nu.
L’été est arrivé, chante fort, coucou ! La graine pousse et le pré fleurit, et le bois reverdit maintenant, chante, coucou ! La brebis bêle après l’agneau, la vache meugle après le veau. Le taureau bondit, le bouc gambade, chante gaiement, coucou ! Coucou, coucou, comme tu chantes bien, coucou ; ne t’arrête donc jamais.
↑ programme

Ave Maria

Giacinto Scelsi (1970) — extrait des Litanies
Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus. Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.
Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant, et à l'heure de notre mort. Amen.
↑ programme

The Witches’ Song

Alison Bauld (1990) — William Shakespeare, Macbeth, IV, 1
First Witch Thrice the brinded cat hath mew’d. Second Witch Thrice and once the hedge-pig whined. Third Witch Harpier cries, “’Tis time, ’tis time.”
Première Sorcière Trois fois le chat tigré a miaulé. Deuxième Sorcière Et trois fois le jeune hérisson a gémi une fois. Troisième Sorcière Harper nous crie : « Il est temps, il est temps. »
First Witch Round about the cauldron go; In the poison’d entrails throw. Toad, that under cold stone Days and nights has thirty-one Swelter’d venom sleeping got, Boil thou first i’ the charmed pot.
Première Sorcière Tournez, tournez autour du chaudron ; jetez-y les entrailles empoisonnées. Crapaud qui, sous la froide pierre, trente et un jours et trente et une nuits durant, as, en dormant, sué ton venin, bous le premier dans le pot enchanté.
All Double, double, toil and trouble; Fire burn, and cauldron bubble.
Toutes Double, double, peine et trouble ! Feu, brûle, et, chaudron, bouillonne !
Second Witch Fillet of a fenny snake, In the cauldron boil and bake; Eye of newt and toe of frog, Wool of bat and tongue of dog, Adder’s fork and blind-worm’s sting, Lizard’s leg and owlet’s wing, For a charm of pow’rful trouble, Like a hell-broth boil and bubble.
Deuxième Sorcière Filet de couleuvre de marais, dans le chaudron bous et cuis. Œil de salamandre, orteil de grenouille, poil de chauve-souris et langue de chien, langue fourchue de vipère, dard de reptile aveugle, patte de lézard, aile de hibou, pour faire un charme puissant en trouble, bouillez et écumez comme une soupe d’enfer.
All Double, double, toil and trouble; Fire burn and cauldron bubble.
Toutes Double, double, peine et trouble ! Feu, brûle, et, chaudron, bouillonne !
Third Witch Scale of dragon, tooth of wolf, Witches’ mummy, maw and gulf Of the ravin’d salt-sea shark, Root of hemlock digg’d i’ the dark, Liver of blaspheming Jew, Gall of goat, and slips of yew Sliver’d in the moon’s eclipse, Nose of Turk and Tartar’s lips, Finger of birth-strangled babe Ditch-deliver’d by a drab, Make the gruel thick and slab: Add thereto a tiger’s chaudron, For the ingredients of our cauldron. Double, double, toil and trouble; Fire burn and cauldron bubble.
Troisième Sorcière Écailles de dragon et dents de loup, momie de sorcière, estomac et gosier du vorace requin des mers salées, racine de ciguë arrachée dans la nuit, foie de juif blasphémateur, fiel de bouc, branches d’if coupées pendant une éclipse de lune, nez de Turc et lèvres de Tartare, doigt de l’enfant d’une fille de joie mis au monde dans un fossé et étranglé en naissant, rendez la bouillie épaisse et visqueuse. Ajoutez-y des entrailles de tigre pour compléter les ingrédients de notre chaudière. Double, double, peine et trouble ! Feu, brûle, et, chaudron, bouillonne !
Second Witch Cool it with a baboon’s blood, Then the charm is firm and good.
Deuxième Sorcière Refroidissons le tout avec du sang de babouin, et notre charme est parfait et solide.
Enter Hecate, to the other three Witches: O well done! I commend your pains; And evr’ry one shall share i’ the gains; And now about the cauldron sing, Live elves and fairies in a ring; Enchanting all that you put in…
Entre Hécate, aux trois autres sorcières : Oh ! à merveille ! j’applaudis à votre ouvrage, et chacune de vous aura part au profit, maintenant, chantez autour de la chaudière, dansant en rond comme les lutins et les fées, pour enchanter tout ce que vous y avez mis.
Come, come, come, come, come, give me your hand, What’s done cannot be undone: I tell you yet again... Banquo’s buried He cannot come out on ’s grave... To bed, to bed: There’s knocking at the gate.
« Venez, venez, venez, donnez-moi votre main. Ce qui est fait ne peut se défaire : je vous le répète… Banquo est enterré, il ne peut pas sortir de son tombeau… Au lit, au lit : on frappe à la porte. »
↑ programme

Stella splendens

Anonyme — Llibre Vermell de Montserrat, ff. 22v-23
Stella splendens in monte Ut solis radium Miraculis serrato, Exaudi populum
Étoile resplendissante, en haut de ce mont, irradiant comme un soleil l’éclat de tes miracles, écoute le peuple !
Concurrunt universi Gaudentes populi, Divites et egeni, Grandes et parvuli, Ipsum ingrediuntur, Ut cernunt oculi. Et inde revertuntur Gratiis repleti.
Montent de partout des peuples joyeux. Les riches et les pauvres, les grands et les petits gravissent cette montagne et les yeux éblouis, en redescendent, remplis par la grâce.
Stella splendens in monte...
Étoile resplendissante, en haut de ce mont...
Principes et magnates Ex stirpe regia, Saeculi potestates Obtenta venia Peccaminum proclamant Tundentes pectora. Poplite flexo clamant Hic: Ave Maria.
Les princes et les seigneurs qui sont de sang royal, et tous les gouvernants qui font avec humilité l’aveu de leurs péchés, viennent battant leur coulpe, un genou à terre pour clamer : Ave Maria !
Stella splendens in monte...
Étoile resplendissante, en haut de ce mont...
Praelati et barones, Comites incliti, Religiosi omnes, Atque presbyteri, Milites, mercatores, Cives, marinari, Burgenses, piscatores, Praemiantur ibi.
Les prélats et les barons, avec leur noble suite, tous les moines et les religieux, les marchands et les soldats, les citadins et les marins, les bourgeois et les pêcheurs ici rendent grâce de vos bontés.
Stella splendens in monte...
Étoile resplendissante, en haut de ce mont...
Rustici aratores, Nec non notarii, Advocati, scultores, Cuncti ligni fabri, Sartores et sutores, Nec non lanitici Artifices et omnes Gratulantur ibi.
Les laboureurs et campagnards mais aussi les notaires, les avocats, les sculpteurs, tous les genres d’artisans, les tisserands, les charpentiers, les tailleurs et les bottiers, tous descendent ici contents.
Stella splendens in monte...
Étoile resplendissante, en haut de ce mont...
Reginae, comitissae, Illustres dominae, Potentes et ancillae, Juvenes parvulae, Virgines et antiquae Pariter viduae Conscendunt et hunc montem Et religiosae.
Reines, comtesses, illustres dames, puissantes et servantes, toutes jeunes fillettes, vierges et femmes âgées, et pareillement veuves, gravissent elles aussi cette montagne, ainsi que les moniales.
↑ programme

Canon n° 13, op. 113

Johannes Brahms — texte de Friedrich Rückert
Einförmig ist der Liebe Gram, Ein Lied eintöniger Weise, Doch immer noch, wo ich’s vernahm, Mitsummen mußt’ ich leise.
La douleur de l’amour est monotone, un chant avec une seule note, pourtant chaque fois que je l’ai entendu j’ai dû fredonner doucement en le suivant.
↑ programme

Canon n° 2, op. 113

Johannes Brahms — texte de J. W. von Goethe
Grausam erweiset sich Amor an mir! O, spielet, ihr Musen, Mit den Schmerzen, die er, spielend, im Busen erregt.
Amour se montre cruel envers moi ! Oh, Muses, jouez avec la douleur qu’il suscite par jeu dans mon cœur.
↑ programme

Favus distillans

Hildegard von Bingen — répons pour la Sainte-Ursule, matines (D 167v, R 471va)
R. Favus distillans Ursula virgo fuit, que Agnum Dei amplecti desideravit, mel et lac sub lingua eius: R. Quia pomiferum hortum et flores florum in turba virginum ad se collegit. V. Unde in nobilissima aurora gaude, filia Syon. Gloria Patri et Filio et Spiritui sancto.
La vierge Ursule fut un rayon de miel qui distille, elle qui désira étreindre l’Agneau de Dieu ; le miel et le lait sont sous sa langue : car elle rassembla auprès d’elle, dans la foule des vierges, un verger chargé de fruits et la fleur des fleurs. C’est pourquoi, en cette aurore très noble, réjouis-toi, fille de Sion. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.
↑ programme

Cuncti simus concanentes

Anonyme — Llibre Vermell de Montserrat, f. 24r
Cuncti simus concanentes : Ave Maria. Virgo sola existente en affuit angelus, Gabriel est appellatus atque missus celitus. Clara facieque dixit: Ave Maria. Cuncti simus concanentes : Ave Maria. En concipies, Maria, Ave Maria. Pariesque filium, Ave Maria. Vocabis eum Ihesu Christum, Ave Maria.
Chantons tous ensemble : Ave Maria. Comme la Vierge était seule, voici qu’un ange survint. Gabriel est son nom, et il fut envoyé du ciel. Le visage rayonnant, il dit : Ave Maria. Chantons tous ensemble : Ave Maria. Voici que tu concevras, Marie, Ave Maria. Tu enfanteras un fils, Ave Maria. Tu l’appelleras Jésus, Ave Maria.
↑ programme

Laudemus Virginem

Anonyme — Llibre Vermell de Montserrat, f. 23 · caça
Laudemus Virginem, Mater est, Et ejus Filius, Ihesus est. Plangamus scelera, acriter Sperantes in Ihesum, jugiter.
Louons la Vierge qui est mère : et son fils qui est Jésus. Confessons sans faillir nos péchés sans cesser d’espérer en Jésus.
↑ programme

Memento mori

Daniel Alvarado Bonilla (2014) — paroles extraites d’Ad mortem festinamus, danse macabre du Llibre Vermell de Montserrat
Ad mortem festinamus, Vita brevis breviter in brevi finietur. Vile cadaver eris: Cur non peccare vereris? Ut quid pecuniam quaeris? Cur non paenitens confiteris?
Nous nous hâtons vers la mort ; la vie est brève, et brièvement, en peu de temps, elle prendra fin. Tu seras un vil cadavre : pourquoi ne crains-tu pas de pécher ? Que sert de courir après l’argent ? Pourquoi ne te confesses-tu pas, repentant ?
↑ programme

Ad mortem festinamus

Anonyme — Llibre Vermell de Montserrat, ff. 26v-27 · danse macabre
Ad mortem festinamus, peccare desistamus.
Vers la mort nous accourons, renonçons au péché.
Scribere proposui de contemptu mundano, ut degentes seculi non mulcentur in vano. Iam est hora surgere a sompno mortis pravo.
Je me propose d’écrire sur le mépris du monde de façon à ce que cet âge décadent ne soit pas vécu en vain. Il est temps de se réveiller d’un infernal et mortel sommeil.
Ad mortem festinamus...
Vers la mort nous accourons...
Vita brevis breviter in brevi finietur, mors venit velociter quae neminem veretur, omnia mors perimit et nulli miseretur.
Brève est la vie, si brève, et brièvement elle finira, la mort arrive plus vite que d’aucuns ne le croient. La mort détruit tout et n’a pitié de personne.
Ad mortem festinamus...
Vers la mort nous accourons...
Ni conversus fueris et sicut puer factus et vitam mutaveris in meliores actus, intrare non poteris regnum Dei beatus.
Si tu ne te réformes pas et ne deviens comme un enfant, ni ne changes ta vie par de bonnes actions, tu ne pourras pas entrer, heureux, dans le royaume des cieux.
Ad mortem festinamus...
Vers la mort nous accourons...
Tuba cum sonuerit, dies erit extrema, et iudex advenerit, vocabit sempiterna electos in patria, prescitos ad inferna.
Quand les trompettes vont sonner pour le jour dernier, le Juge apparaîtra et appellera les élus pour toujours en son royaume et jettera les damnés en enfer.
Ad mortem festinamus...
Vers la mort nous accourons...
Quam felices fuerint, qui cum Christo regnabunt. Facie ad faciem sic eum spectabunt, Sanctus, sanctus Dominus Sabaoth conclamabunt.
Comme ils seront heureux ceux qui règneront avec le Christ et qui face à face, ainsi le contempleront ! Saint, saint, le Seigneur crieront-ils au Dieu de Sabaoth.
Ad mortem festinamus...
Vers la mort nous accourons...
Alma Virgo Virginum, in celis coronata, apud tuum filium sis nobis advocata et post hoc exilium occurrens mediata.
Bienfaitrice Vierge d’entre les vierges, dans les cieux couronnée, aux côtés de ton fils, sois notre avocate ; et après cet exil terrestre, notre diligente médiatrice.
Ad mortem festinamus...
Vers la mort nous accourons...
Vile cadaver eris: Cur non peccare vereris? Cur intumescere quaeris? Ut quid peccuniam quaeris? Quid vestes pomposas geris? Ut quid honores quaeris? Cur non paenitens confiteris? Contra proximum non laeteris?
Toi, qui seras un vil cadavre : pourquoi ne pas se garder du péché ? pourquoi chercher à s’enorgueillir ? et rechercher la richesse ? À quoi bon porter des vêtements pompeux ? ou rechercher les honneurs ? Pourquoi ne pas confesser ses fautes ? Et ne pas se réjouir avec son prochain ?