Épopée · Concert 9

Ensemble Leones

Le monde selon Zacara
Dimanche 20 septembre 202618hSélestat — église Sainte-Foy

La musique

Un homme improbable

Les documents qui le décrivent ne s’embarrassent pas de délicatesse : petite taille, corps contrefait, dix doigts en tout aux mains et aux pieds réunis, le bras gauche en écharpe, les pieds tordus. On aurait tort d’y voir une caricature — c’est ainsi que ses contemporains consignaient l’apparence d’Antonio Zacara da Teramo, et ce n’est pas la moindre des ironies qu’un homme dont on notait d’abord ce qui lui manquait ait exercé, de son métier, celui d’enlumineur.

Car Zacara était maître peintre de livres. La musique, en un sens, venait par surcroît. Elle lui vaut pourtant d’avoir laissé quelques-unes des chansons les plus belles, les plus inventives et les plus étranges du Moyen Âge finissant.

Musicien des papes, au siècle du schisme

Sa carrière se déroule là où l’Europe se déchire. Zacara sert la curie romaine comme scribe et comme chanteur pendant les décennies du Grand Schisme d’Occident, ces quarante années où la chrétienté eut deux papes, puis trois. Il passe d’une obédience à l’autre, comme la chapelle pontificale tout entière, et se trouve ainsi placé au cœur du plus vaste désordre politique de son temps.

On comprend mieux, dans ce contexte, la teneur de certains de ses textes. Le motet Sumite karissimi déploie un latin volontairement obscur, chargé d’allusions dont le sens ne se livre qu’à demi — le genre de pièce qu’on écrit quand on a beaucoup à dire et de bonnes raisons de ne pas le dire clairement. Ses œuvres circulent dans les grandes anthologies italiennes, du Codex Squarcialupi au manuscrit Mancini de Lucques, et son influence marque toute une génération : la musicologie voit en lui l’un des modèles stylistiques de Johannes Ciconia, dont ce programme fait entendre une pièce.

« Oracles »

Cinquante ans après sa mort, on parlait encore de ses compositions comme d’oracles. Le mot dit deux choses à la fois.

Il vise d’abord la facture. Zacara écrit une musique de proportions complexes, où les voix se superposent selon des rapports numériques qui relèvent autant du calcul que de l’oreille, et un contrepoint que ses contemporains jugeaient bizarre — au sens fort du terme, déroutant, non conforme. Il faut se souvenir qu’à cette date, l’ars subtilior faisait de la difficulté rythmique une valeur en soi ; Zacara y ajoute une brusquerie harmonique qui n’appartient qu’à lui.

Mais le mot vise aussi le ton. Ses textes ont quelque chose de prophétique et d’inquiétant, comme s’il s’agissait moins de chanter que de convoquer. Deus deorum Pluto invoque le dieu des enfers ; d’autres pièces avancent masquées derrière des allusions qu’on ne déchiffre qu’à moitié. Un fou, disaient les uns. Un adorateur du diable, disaient les autres. Sa vie et son œuvre furent, de son vivant déjà, une curiosité.

Les registres d’un seul homme

Le programme donne à entendre l’étendue de ce que Zacara savait faire, et cette étendue est vertigineuse.

Il y a le Zacara onomatopéique de Ciaramella, où la voix imite le chalumeau dont le titre porte le nom — tradition du madrigal réaliste que le Trecento affectionnait, cris de rue, chasses, oiseaux. Il y a le Zacara bilingue de Je suy navvrés tan fort / Gnaff’a le guagnele, qui superpose une déploration courtoise en français et un juron toscan prenant les Évangiles à témoin : deux mondes sociaux tenus l’un au-dessus de l’autre, et l’on sait de quel côté va son plaisir. Le concert la donne aux seuls instruments, et la collision des registres passe alors tout entière dans les lignes.

Il y a le Zacara des proverbes, avec Amor né tossa — l’amour, pas plus que la toux, ne se peut cacher —, où une sagesse populaire suffit à porter une pièce entière. Il y a le Zacara courtois de Donna poss’io sperare ou de Sol me trafigge ’l cor, qui n’a rien à envier à Landini pour la tenue mélodique. Il y a enfin le Zacara des grandes questions, celui de Dime, Fortuna, qui interpelle la roue comme Machaut l’avait fait avant lui.

Ce que sa musique est devenue

Une part du programme ne fait pas entendre Zacara, mais ce qu’on a fait de Zacara. C’est peut-être le plus révélateur.

Rosetta che non cambi et Un fior gentil reviennent ici sous forme instrumentale, d’après le Codex Faenza — recueil d’intabulations pour clavier du début du XVe siècle, où les chansons à la mode sont réécrites en pièces d’ornement virtuose. La ballata de Ciconia parvient de même par une tablature de luth allemande. Et Be’ llo sa Dio réapparaît en fin de parcours travestie en lauda dévote, Gesù, che vedi la mia mente pura, selon la mécanique du cantasi come : on garde l’air, on change les paroles, la chanson profane se fait chant de confrérie.

Une musique dont on démarque les mélodies, qu’on transcrit pour les instruments, qu’on habille de textes pieux, est une musique que tout le monde connaît. Ces pièces secondes sont la preuve matérielle du succès de Zacara — et leur présence au programme transforme le portrait en enquête.

Le deuil

Reste ce que les documents laissent entrevoir de l’homme. Il perdit la femme qu’il aimait. Il perdit ensuite son jeune fils, tué au cours d’une émeute. Ces coups n’expliquent rien — aucune biographie n’explique une œuvre — mais ils rôdent dans une musique qui invoque les enfers et interroge la Fortune avec une insistance qui n’est pas de convention.

Influent, admiré, imité, Zacara da Teramo demeure aujourd’hui étrangement sous-représenté au concert. L’ensemble Leones lui rend ici sa place : à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance, un enlumineur au corps contrefait, ami des papes et malmené par le sort, qui écrivait des chansons qu’on prenait pour des prophéties.

L’ensemble

Fondé en 2008 par Marc Lewon, l’ensemble Leones réunit des musiciens formés à la Schola Cantorum Basiliensis autour des répertoires profanes du XIIe au XVIe siècle. Son travail part toujours des sources : reconstitutions minutieuses, arrangements stylistiquement informés, et un goût prononcé pour ce que les manuscrits conservent d’inédit.

Deux traits le distinguent. D’abord la recherche de compositions et de sources inconnues, qui l’a conduit à faire entendre quantité de pièces jamais enregistrées ; ensuite la réintroduction dans la pratique d’instruments rarement joués, en particulier ceux du Moyen Âge tardif germanique. L’ensemble collabore régulièrement avec la Radio suisse SRF.

Sa discographie, parue chez Christophorus puis Naxos, dessine l’amplitude de son répertoire. Le premier disque, Les Fantaisies de Josquin, consacré à la musique instrumentale de Josquin Desprez, obtient cinq diapasons et une nomination aux International Classical Music Awards 2012. Suivent Neidhart, autour du Minnesänger du XIIIe siècle (Supersonic de Pizzicato, nomination ICMA 2013), Colours in the Dark sur la musique instrumentale d’Alexander Agricola (cinq diapasons, nomination ICMA 2014), The Cosmopolitan consacré à Oswald von Wolkenstein, Argentum et Aurum sur les trésors musicaux des premiers Habsbourg, et Straight from the Heart, entièrement voué au Chansonnier cordiforme — ce manuscrit en forme de cœur dont le présent programme cite encore une pièce.

De la monodie du XIIIe siècle à la polyphonie instrumentale de 1500, Leones s’est produit au Stockholm Early Music Festival, au Heidelberger Frühling ou aux Niedersächsische Musiktage, et travaille aux côtés d’artistes tels qu’Andreas Scholl, Dominique Vellard et Benjamin Bagby.

Marc Lewon, direction

Né à Francfort en 1972, Marc Lewon est luthiste, vielliste et chanteur, et l’un des meilleurs interprètes actuels du répertoire médiéval germanique.

Il se forme à la Schola Cantorum Basiliensis de Bâle — le luth auprès de Crawford Young, la vièle auprès de Randall Cook, ainsi que le chant médiéval —, puis soutient en 2018 un doctorat de musicologie à l’université d’Oxford. Ce double ancrage, celui du praticien et celui du chercheur, commande l’ensemble de son travail.

Il fonde en 2008 l’ensemble Leones, dont il assure depuis la direction et avec lequel il a enregistré une demi-douzaine de disques chez Christophorus et Naxos, plusieurs fois distingués par la critique et nommés aux International Classical Music Awards.

Ses recherches portent notamment sur les cordes pincées du Moyen Âge tardif — luth à plectre, quinterne, guiterne —, dont il contribue à restituer le jeu, longtemps perdu faute de sources didactiques. Cette reconstitution instrumentale n’est pas séparable de son travail d’interprète : c’est en cherchant comment ces instruments sonnaient qu’il redéfinit l’accompagnement du chant monodique médiéval, et l’on entend le résultat dans chacun des programmes de Leones.

Il partage également son temps entre l’enseignement et la publication, et se produit régulièrement comme instrumentiste et comme chanteur aux côtés d’autres formations spécialisées.

Le programme

Antonio Zacara da Teramo (v. 1355-1416)

Les artistes

  • Grace Newcombevoix
  • Marc Mauillonvoix
  • Matthieu Romanensvoix
  • Baptiste Romainvièle, lira de braccio, cornemuses
  • Uri Smilanskyvièle
  • Marc Lewonluth, gittern, citole et direction

Textes chantés

↑ programme

Ciaramella, me dolçe Ciaramella !

Zacara da Teramo · ballata
Ciaramella, me dolçe Ciaramella!
Ciaramella, ma douce Ciaramella !
O tu che porti fra’ Maçante sotto, Polito e bello, con la chiercha rasa, Poy che’l martello t’à da’ si gran botto, Tosto m’abrazza, strengi e pur me basa, Che’n questa terra de me n’é più bella.
Ô toi qui portes frère Mazzante par-dessous, Poli et beau, la tonsure rasée, Puisque le marteau t’a donné si grand coup, Vite, embrasse-moi, serre-moi et baise-moi donc, Car en ce pays il n’en est point de plus belle que moi.
Ciaramella, me dolçe Ciaramella!
Ciaramella, ma douce Ciaramella !
O tu che porti a pieghe facte l’ose Onte et ornate de molti incinelli E le tuo vestimente tutte rose, Ove se trova molti foramelli: Voltate un poco a me che son citella.
Ô toi qui portes tes chausses bien plissées, Graissées et ornées de maints petits lacets, Et tes vêtements tout roses, Où se trouvent maints petits trous : Tourne-toi un peu vers moi, qui suis pucelle.
Ciaramella, me dolçe Ciaramella!
Ciaramella, ma douce Ciaramella !
O tu che dolcemente sette volte Quel facto fay a non ussir bachetta, Fa’ che me vegni con le brache sciolte, Che non bisogna dicere “aspecta, aspecta”! Per far più tosto nostra giornatella!
Ô toi qui doucement, sept fois, Fais la chose sans que la baguette sorte, Viens donc à moi les braies dénouées, Qu’il ne soit point besoin de dire « attends, attends ! », Pour plus vite accomplir notre petite besogne !
Ciaramella, me dolçe Ciaramella!
Ciaramella, ma douce Ciaramella !
↑ programme

Deus deorum Pluto

Zacara da Teramo · ballata
Deus deorum Pluto, or te rengratio, Mille merçé, Gebelles, Demorgon: Non dirò più “barbam barbam Aaron”, Poy che so reintegrato et de luy satio.
Dieu des dieux, Pluton, je te rends grâce à présent, Mille mercis, Gébel, Démogorgon : Je ne dirai plus « barbam, barbam Aaron », Puisque me voilà rétabli, et de lui rassasié.
Serà in eternum el nostro laudatio De la vendetta et de tanta iustitia. Or superete l’auro e’l topatio, Che per nessun conmessa c’è pigritia. Io so’ in possession a gran leticia, Servo serò de Cacus Radamanto: Rengratiando ognun tanto per tanto Presta iusticia in pocho tempo et spatio.
Éternelle sera notre louange De la vengeance et de si grande justice. Vous surpassez désormais l’or et la topaze, Car nulle paresse ne fut commise par personne. Me voici en possession, à ma grande liesse ; Je serai serviteur de Cacus, de Rhadamanthe : Remerciant chacun à sa juste mesure, Eux qui rendent prompte justice en peu de temps et d’espace.
Deus deorum Pluto, or te rengratio, Mille merçé, Gebelles, Demorgon: Non dirò più “barbam barbam Aaron”, Poy che so reintegrato et de luy satio.
Dieu des dieux, Pluton, je te rends grâce à présent, Mille mercis, Gébel, Démogorgon : Je ne dirai plus « barbam, barbam Aaron », Puisque me voilà rétabli, et de lui rassasié.
↑ programme

Be’ llo sa Dio che so’ vergene et pura

Zacara da Teramo · ballata · la mélodie sera reprise au n° 15 en lauda
Be’llo sa Dio che so’ vergene et pura, Che en be’ fare spero, Che falsa infamia non remove el vero.
Dieu le sait bien : je suis vierge et pure, Et j’espère en bien faire, Car fausse infamie n’ôte point la vérité.
Se gelosia me pone falsa casione Non posso contra la Fortuna ria. Altra vendecta non chiedo che rasone, Ché la vertù sarà la scusa mia. Benché el pensar in ciò dolor mi sia Che non si pò di’ ligero A trar un gram suspecto d’um reo pensiero.
Si la jalousie m’impute une fausse accusation, Je ne puis rien contre la Fortune cruelle. Je ne demande d’autre vengeance que justice, Car la vertu sera ma défense. Bien que d’y penser me soit douleur, Car il n’est point aisé D’effacer un grand soupçon né d’une pensée mauvaise.
Be’llo sa Dio che so’ vergene et pura, Che en be’ fare spero, Che falsa infamia non remove el vero.
Dieu le sait bien : je suis vierge et pure, Et j’espère en bien faire, Car fausse infamie n’ôte point la vérité.
Ma solo pregho Dio, giusto signore, Ch’aggia pietà de me, pura donzella. Manda chiarezza, o Dio, di tanto errore A chi a torto mal di me favella. Se la natura e Dio m’à fatta bella Leva el sospetto fero, Sì ch’io non perda l’onor del mio impero.
Mais je prie seulement Dieu, juste seigneur, Qu’il ait pitié de moi, pure demoiselle. Envoie la lumière, ô Dieu, sur une si grande erreur, À qui à tort médit de moi. Si la nature et Dieu m’ont faite belle, Ôte le cruel soupçon, Afin que je ne perde pas l’honneur de mon rang.
Be’llo sa Dio che so’ vergene et pura, Che en be’ fare spero, Che falsa infamia non remove el vero.
Dieu le sait bien : je suis vierge et pure, Et j’espère en bien faire, Car fausse infamie n’ôte point la vérité.
↑ programme

E’ ardo in un fuogo e bruso d’ogni hora

Zacara da Teramo · ballata
E’ ardo in un fuogo e bruso d’ogni hora Adiuta, donna, per Dio ch’io non mora.
Je brûle en un feu, je me consume à toute heure — À l’aide, dame, pour Dieu, que je n’en meure !
E son per te entrato in quest’ardore Dove penar me lassi senza adiuto
C’est pour toi que je suis entré en cette ardeur Où tu me laisses souffrir sans secours.
E’ ardo in un fuogo e bruso d’ogni hora Adiuta, donna, per Dio ch’io non mora.
Je brûle en un feu, je me consume à toute heure — À l’aide, dame, pour Dieu, que je n’en meure !
↑ programme

Amor né tossa non se pò celare

Zacara da Teramo · ballata · la dernière strophe, entre crochets, ne figure pas dans toutes les sources
Amor ne tossa non se po celare, Ne coppecar del pe E ben se bela senca far “be, be”.
Amour ni toux ne se peuvent cacher, Ni un faux pas du pied ; Et l’on bêle fort bien sans faire « bê, bê ».
La quaglia sempre non fara “qua qua”, Ne la sampogna “belulu, lu, lu”, Ne la cornacchia fara sempre “cra”, Ne cantara lo chuchul “chu chu chu”. Ma se non mancha el valor de Lassu Alla mia ferma fe, Non serra sempre prato verde in se.
La caille ne fera pas toujours « qua qua », Ni la cornemuse « belulu, lu, lu », Ni la corneille toujours « cra », Ni le coucou ne chantera toujours « cou, cou, cou ». Mais si le secours de Là-haut ne fait pas défaut À ma ferme foi, Le pré ne restera pas toujours vert.
Amor ne tossa non se po celare, Ne coppecar del pe E ben se bela senca far “be, be”.
Amour ni toux ne se peuvent cacher, Ni un faux pas du pied ; Et l’on bêle fort bien sans faire « bê, bê ».
Io vidi lo pastor per la campagna Gridando dietro al lupo «dagli da’!» E vidi alcuno racconciar la ragna Per pigliar un stornello che se’n va. Ma lascia far che puco durira Spesso chiamar «te, te!»: Che ben d’altrui se beffa chi a de que.
Je vis le berger par la campagne Criant après le loup « sus ! sus ! », Et je vis tel autre raccommoder son filet Pour prendre un étourneau qui s’envole. Mais laisse faire : il ne durera guère, À crier sans cesse « ici ! ici ! » : Car il se moque bien d’autrui, celui qui a de quoi.
Amor ne tossa non se po celare, Ne coppecar del pe E ben se bela senca far “be, be”.
Amour ni toux ne se peuvent cacher, Ni un faux pas du pied ; Et l’on bêle fort bien sans faire « bê, bê ».
[Intendame chi po’ che m’intendo io E tal ne ride chi deriso n’e. El tempo che fo gia piovoso e rio, Lucido e chiaro un giorno devenne. El bove gia con l’ale et colle penne In ciel salio dov’e La vaccha ch’ebbe al mio dolor merce.]
[M’entende qui peut, car moi je m’entends, Et tel en rit qui en est le moqué. Le temps naguère pluvieux et mauvais Devint un jour lumineux et clair. Le bœuf, muni d’ailes et de plumes, Monta au ciel, là où se trouve La vache qui eut pitié de ma douleur.]
Amor ne tossa non se po celare, Ne coppecar del pe E ben se bela senca far “be, be”.
Amour ni toux ne se peuvent cacher, Ni un faux pas du pied ; Et l’on bêle fort bien sans faire « bê, bê ».
↑ programme

Dime, Fortuna, poy che tu parlasti

Zacara da Teramo · ballata
Dime, Fortuna poy che tu parlasti: Ò dicto, o facto nulla contra de te? Dè parla, dime el vero per tua fé: Perché fugendo la rota voltasti?
Dis-moi, Fortune, puisque tu as parlé : Ai-je dit ou fait quoi que ce soit contre toi ? Allons, parle, dis-moi la vérité, sur ta foi : Pourquoi, en t’enfuyant, as-tu tourné la roue ?
Di quel profundo dove me lasciasti I’ era quasi per uscirne fore. Subito, falsa, tu cte recordasti, Videndome per trarme fuore, [D]e la promissione facta de cuore Se Alessandro a Roma gito fosse. Fortuna, al tuo despecto uscìa de fosse: Or scia maledicta, tanto mal pensasti!
De cet abîme où tu m’avais laissé, J’étais sur le point de sortir enfin. Soudain, perfide, tu te souvins — Me voyant près d’être tiré dehors — De la promesse faite de bon cœur : Que si Alexandre était allé à Rome… Fortune, à ton grand dépit, je sortais de la fosse : Sois donc maudite, tant tu pensas à mal !
Dime, Fortuna poy che tu parlasti: Ò dicto, o facto nulla contra de te? Dè parla, dime el vero per tua fé: Perché fugendo la rota voltasti?
Dis-moi, Fortune, puisque tu as parlé : Ai-je dit ou fait quoi que ce soit contre toi ? Allons, parle, dis-moi la vérité, sur ta foi : Pourquoi, en t’enfuyant, as-tu tourné la roue ?
↑ programme

Sumite karissimi

Zacara da Teramo · motet · devinette : les syllabes prélevées sur chaque mot composent le nom du compositeur
Sumite Karissimi, Capud de remulo, patres, Caniteque, musici, Idem de consule, fratres, Et de iumento ventrem, De gurgida pedem, De nuptiis ventrem, Capud de oveque pedem De leone: milles Cum in omnibus Zacharias salutes. (RECONMENDATIONE)
Prenez, très chers pères, La tête de « Remulo » Et chantez, musiciens, La même chose du mot « consule », frères, Et du mot « iumento » le ventre, De « gurgida » le pied, De « nuptiis » le ventre, De « ove » la tête, et le pied De « leone » : mille Saluts en tout cela vous envoie Zacharias. (RECOMMANDATION)
↑ programme

Donna, o Donna ! — Donna poss’io sperare

Zacara da Teramo · ballata dialoguée · les répliques de la dame sont précédées d’un tiret
Donna, o Donna! - Dici a me? Donna! - Dici a me!? Donna, poss’io sperare? - Meffé, no! Meffé, non so perché... Meriti de mia fé - Deh, va in bona ora! Va’, lassame stare!
Dame, ô Dame ! — C’est à moi que tu parles ? Dame ! — C’est à moi que tu parles !? Dame, puis-je espérer ? — Ma foi, non ! Ma foi, je ne sais pas pourquoi… Les mérites de ma fidélité… — Allons, bon vent ! Va, laisse-moi tranquille !
Adoncha voy che mora? - Se mori a me cha fa? El te ne dolerà ancora? - Certo non dolerà Dè, pensa a quel che fa’! - Deh, pensaci pur tu! Io me despererò! - Se te desperi et io che n’agio a ffare?
Tu veux donc que je meure ? — Si tu meurs, que m’importe ? En auras-tu du chagrin, au moins ? — Certes non, aucun chagrin. Ah, pense à ce que tu fais ! — Eh, penses-y donc toi-même ! Je vais me désespérer ! — Si tu te désespères, qu’ai-je à y faire ?
Donna, o Donna! - Dici a me? Donna! - Dici a me!? Donna, poss’io sperare? - Meffé, no! Meffé, non so perché... Meriti de mia fé - Deh, va in bona ora! Va’, lassame stare!
Dame, ô Dame ! — C’est à moi que tu parles ? Dame ! — C’est à moi que tu parles !? Dame, puis-je espérer ? — Ma foi, non ! Ma foi, je ne sais pas pourquoi… Les mérites de ma fidélité… — Allons, bon vent ! Va, laisse-moi tranquille !
Adonqua çappo in acqua? - A me par ben cossì! Tu m’hai per men d’una h? - Se dio m’aiuti, sì Dè, pens’a quel che di’! - Dè, pensaci pur tu! E non t’il dirò più - Tace, per dio, e più non me seccare!
Je laboure donc dans l’eau ? — C’est bien mon avis ! Tu me tiens pour moins qu’un h ? — Que Dieu me vienne en aide : oui ! Ah, pense à ce que tu dis ! — Eh, penses-y donc toi-même ! Je ne te le dirai plus ! — Tais-toi, par Dieu, et cesse de m’assommer !
Donna, o Donna! - Dici a me? Donna! - Dici a me!? Donna, poss’io sperare? - Meffé, no! Meffé, non so perché... Meriti de mia fé - Deh, va in bona ora! Va’, lassame stare!
Dame, ô Dame ! — C’est à moi que tu parles ? Dame ! — C’est à moi que tu parles !? Dame, puis-je espérer ? — Ma foi, non ! Ma foi, je ne sais pas pourquoi… Les mérites de ma fidélité… — Allons, bon vent ! Va, laisse-moi tranquille !
E recevo gran torto! - Al mio parer da te! Tu me vo’ per morto! - e io non so perché... Se iusta casone c’è - Palese me la fa E po’ la morte me da - e humelemente la voglio comportare.
Et je subis un grand tort ! — À mon avis, par ta propre faute ! Tu me veux mort ! — Et moi, je ne sais pas pourquoi… S’il y a une juste cause… — Fais-la-moi donc connaître ! Et puis donne-moi la mort ! — … et humblement je veux bien la supporter !
Donna, o Donna! - Dici a me? Donna! - Dici a me!? Donna, poss’io sperare? - Meffé, no! Meffé, non so perché... Meriti de mia fé - Deh, va in bona ora! Va’, lassame stare!
Dame, ô Dame ! — C’est à moi que tu parles ? Dame ! — C’est à moi que tu parles !? Dame, puis-je espérer ? — Ma foi, non ! Ma foi, je ne sais pas pourquoi… Les mérites de ma fidélité… — Allons, bon vent ! Va, laisse-moi tranquille !
↑ programme

Sol mi trafigge ’l cor l’aquila bella

Zacara da Teramo · ballata
Sol mi trafigge ’l cor l’aquila bella Per l’ardente disio di rivederla.
Seule me transperce le cœur la belle aigle, Par l’ardent désir de la revoir.
Non fu dyamante di tanta dureçça Che più fermo non sia costei servire, Tanto m’accese l’adorna vagheçça Del dolce viso nel primo ferire. Oh, me tapino, ben credo morire, S’io non riveggio la dyana stella.
Il ne fut diamant d’une telle dureté Qui soit plus ferme que moi à la servir, Tant m’embrasa la grâce parée De son doux visage à la première blessure. Oh, malheureux que je suis ! je crois bien mourir Si je ne revois pas l’étoile du matin.
Sol mi trafigge ’l cor l’aquila bella Per l’ardente disio di rivederla.
Seule me transperce le cœur la belle aigle, Par l’ardent désir de la revoir.
↑ programme

Gesù, che vedi la mia mente pura

Lauda contrafactum sur Be’ llo sa Dio de Zacara da Teramo — Chansonnier cordiforme
Gesù, che vedi la mia mente pura, su te confido e spero, che purgherai la infamia mia col vero
Jésus, toi qui vois mon esprit pur, En toi je me confie et j’espère : Tu laveras mon infamie par la vérité.
Tu sai, Signor mio, che i’ ho ragione di lamentarmi della lingua ria: sono innocente e mai conversazione non ebbi, se non buona, onesta e pia. Di quel che contr’a me già detto sia Dammi ‘l tuo refrigero, leva dal cor d’ognuno el mal pensiero.
Tu sais, mon Seigneur, que j’ai raison De me plaindre de la langue mauvaise : Je suis innocent, et jamais je n’eus De fréquentation qui ne fût bonne, honnête et pieuse. De ce qui a été dit contre moi, Donne-moi ton réconfort, Ôte du cœur de chacun la mauvaise pensée.
Gesù, che vedi la mia mente pura, su te confido e spero, che purgherai la infamia mia col vero
Jésus, toi qui vois mon esprit pur, En toi je me confie et j’espère : Tu laveras mon infamie par la vérité.
O verità eterna, o mio riposo o sapienzia immensa, o sommo Sole difendimi dall’uom sì malizioso, che il mio onore in terra gittar vuole fa’ che sien note le false parole col tuo gran magistero, sì, ch’ io sia mondo d’ ogni vitupero
Ô vérité éternelle, ô mon repos, Ô sagesse immense, ô Soleil suprême, Défends-moi de l’homme si malicieux Qui veut jeter à terre mon honneur ; Fais que soient connues les fausses paroles, Par ton grand magistère, Afin que je sois lavé de tout opprobre.
Gesù, che vedi la mia mente pura, su te confido e spero, che purgherai la infamia mia col vero
Jésus, toi qui vois mon esprit pur, En toi je me confie et j’espère : Tu laveras mon infamie par la vérité.
Per altre colpe son forse punito Con quella lingua cruda e maledetta: tu, che se’ certo, ch’ io non ho fallito, trammi del cor questa mortal saetta e se l’ anima mia vuo’ far perfetta, per si aspro sentiero fammi il cor forte, constante e sincero.
Pour d’autres fautes je suis peut-être puni Par cette langue cruelle et maudite : Toi qui sais avec certitude que je n’ai point failli, Arrache de mon cœur cette flèche mortelle ; Et si tu veux rendre mon âme parfaite Par un si âpre sentier, Fais mon cœur fort, constant et sincère.
Gesù, che vedi la mia mente pura, su te confido e spero, che purgherai la infamia mia col vero.
Jésus, toi qui vois mon esprit pur, En toi je me confie et j’espère : Tu laveras mon infamie par la vérité.