Épopée · Concert 7

Ensemble Irini

Invictæ, femmes miraculeuses
Dimanche 13 septembre 202618hGuebwiller — église Saint-Léger

La musique

Un direct du droit

Dans une enluminure du XIIIe siècle, la Vierge envoie son poing en pleine figure du Diable. Elle vise l’œil, elle ne le rate pas, et elle sourit largement. C’est de cette image que part Invictae — « les invaincues » —, et elle suffit à congédier d’un coup la Vierge que huit siècles de dévotion sucrée nous ont laissée : diaphane, immobile, désincarnée. Celle des manuscrits médiévaux frappe, rit, intervient. Elle a un corps.

Le programme entreprend de le lui rendre. Rendre la chair, le mouvement et la vie au cœur des louanges adressées à la figure féminine divine la plus iconique et la plus transculturelle qui soit — et le faire avec six voix de femmes, sans un seul instrument.

Le miracle est un genre violent

Il faut avoir lu les recueils de miracles pour mesurer à quel point la piété médiévale est physique. Gautier de Coinci, prieur à Vic-sur-Aisne, en compose plus de cinquante en vers français dans les années 1220 ; en Castille, Alphonse X en fait rassembler plus de trois cents dans ses Cantigas de Santa Maria. On y croise des joueurs de dés, des voleurs, des femmes enceintes, des pendus qu’un pied invisible soutient pendant trois jours. Marie n’y contemple pas : elle agit, elle ruse, elle punit, elle sauve à la dernière seconde. Ces récits sont des histoires de corps sauvés par une femme qui n’hésite pas à se salir les mains.

Deux fragments cités dans le dossier de la création disent exactement cet écart. D’un côté la « Roÿne celestre » de Gautier de Coinci, reine du ciel ; de l’autre les beata viscera du conduit de Pérotin — les entrailles bénies. La souveraine et le ventre. Tout Invictae tient dans la tension entre ces deux mots.

Six voix, aucune soprano

L’Ensemble Irini chante ici en effectif entièrement féminin pour la première fois en dix ans : trois mezzos, trois contraltos, sous la direction de Lila Hajosi. Aucune soprano — c’est la signature acoustique de l’ensemble, et elle change tout. Sans plafond aigu, le spectre se resserre vers le grave, les voix se frottent dans une bande étroite, et les harmoniques prennent une densité que la clarté d’une soprano dissiperait. Le son y gagne en chaleur ce qu’il perd en transparence : matière plutôt que lumière, précisément ce que le propos réclame.

Ce choix a du reste ses répondants historiques. Des siècles de chant conventuel féminin ont existé sans voix d’hommes, et la plus ancienne compositrice dont les œuvres nous soient parvenues sous son nom fut une abbesse.

Kassia, avant tout le monde

Elle s’appelle Kassia, elle vit à Constantinople au IXe siècle, et elle précède Hildegarde de Bingen de trois cents ans. La tradition raconte qu’on la présenta parmi les candidates au mariage de l’empereur Théophile ; qu’il l’aborda en disant que le mal était venu au monde par la femme ; qu’elle répliqua que le bien en était venu aussi. Elle ne fut pas choisie. Elle fonda un monastère et écrivit.

Son hymne le plus célèbre, que ce programme ouvre par le Kyrie en pollais, est chanté le mercredi saint dans toute l’Église orthodoxe. Il donne la parole à la femme « tombée dans de nombreux péchés », celle qui vient oindre les pieds du Christ de ses cheveux dénoués et de son parfum. Une femme écrivant, à la première personne, le monologue d’une autre femme réhabilitée par son corps même : on chercherait longtemps un texte plus exactement accordé au projet d’Invictae. S’y ajoutent ses hymnes à Pélagie et les cinq consacrés au martyre de sainte Christine — un répertoire de femmes, écrit par une femme, sur des femmes.

Frapper le sol

Pas d’instruments, donc, mais des percussions corporelles. On y verra une audace contemporaine ; c’est d’abord une restitution. Les chœurs du théâtre grec frappaient du pied le rythme des vers, et les Bacchantes d’Euripide — présentes à l’origine du projet — sont l’image même d’une transe féminine collective que la cité redoutait. Plus près de nous, le Llibre Vermell de Montserrat porte dans ses rubriques mêmes la mention a ball redon, danse en rond : Los set gotxs et Cuncti simus concanentes ont été notés pour que des pèlerins puissent chanter en dansant pendant leurs veillées. Le compilateur l’écrit sans détour — puisqu’ils veulent danser, autant leur donner de quoi le faire honnêtement.

Le travail de Faustine Aziyadé prolonge cette logique en déplaçant les distances : entre les voix, entre les voix et la cheffe, entre les interprètes et la salle. Elle compose des tableaux avec les chanteuses et fait tomber la frontière de la scène ; le concert cesse d’être frontal. Ce n’est pas un habillage scénique appliqué à une musique ancienne : c’est la condition dans laquelle une bonne part de cette musique a réellement existé.

Des tubes qui voyagent

Un dernier fil traverse le programme, et c’est peut-être le plus révélateur de la mécanique médiévale. Certaines de ces mélodies circulaient d’un texte à l’autre : on appelle contrafactum l’opération qui consiste à conserver l’air en changeant les paroles. Gautier de Coinci construit ainsi ses miracles sur des chansons de trouvères, une chanson d’amour devenant un chant marial sans changer une note. C’étaient, au sens strict, des tubes. Les entrelacs savants du manuscrit de Chypre, copié vers 1413 pour la cour des Lusignan, montrent l’autre extrémité du spectre — la même dévotion, mais passée au filtre de la polyphonie la plus raffinée d’Europe.

Un sabbat

Le concert s’ouvre et se referme sur la même antienne d’Hildegarde de Bingen, O frondens virga, chantée en procession d’entrée puis de sortie : la branche verdoyante, image végétale d’une fécondité qui n’a rien de désincarné. Entre les deux, une heure de louanges, de miracles et de danses.

Lila Hajosi parle à propos d’Invictae d’esprit de troupe, de tribu, de sororité — et le mot qui lui vient pour décrire le résultat est celui de sabbat. Il faut l’entendre sans ironie. Un sabbat, c’est une assemblée de femmes que l’on soupçonne parce qu’elle est joyeuse, nombreuse et sans surveillance. Les invaincues du titre ne sont pas seulement les saintes dont on chante ici les combats : ce sont aussi celles qui les chantent.

L’ensemble

Basé à Marseille et fondé en 2015 par Lila Hajosi, l’Ensemble Irini est spécialisé en musique ancienne sacrée d’Orient et d’Occident, entre Rome et Constantinople, et reconnu internationalement pour son exigence et ses propositions uniques, hors normes et audacieuses, loin des codes habituels de la musique ancienne.

L’Ensemble Irini impose aujourd’hui un son à part dans la musique vocale : en effectif polymorphe, sans soprano, l’ensemble illumine pourtant le répertoire orthodoxe ou les compositions de la Renaissance de couleurs nouvelles, chaudes et profondes.

De Maria Nostra (2015 ; disque Choc de Classica en 2018) à JANUA (2023-2024), en passant par O Sidera (2019 ; disque en 2021) et Printemps sacré, vivre, mourir, (re)naître (2022-2024 ; TTTT de Télérama, 4 étoiles de La Libre Belgique), l’Ensemble Irini ouvre dans ses programmes des dialogues entre l’Orient et l’Occident sacrés, entre la sagesse d’hier et les bouleversements d’aujourd’hui — fidèle en cela à son nom, qui signifie « la Paix » en grec.

En 2025-2026, l’Ensemble Irini entre dans une nouvelle ère avec POST TENEBRAS (spero lucem), son programme le plus ambitieux, proposant désormais un répertoire aux prémices du baroque vénitien et byzantin, en double chœur avec cuivres. La création d’INVICTAE, programme féminin revenant aux sources médiévales de l’ensemble, lui permet de proposer pour la première fois un spectacle total, pluridisciplinaire, avec voix, danse et mise en espace.

Friand d’ouvertures et de collaborations, l’Ensemble Irini co-crée PROPHITISSAI en 2024 avec Tom De Cock, mêlant Lassus, Xenakis et musique grecque antique et byzantine, puis, en 2025, THE BOOK OF WOMEN, porté par l’orchestre Ictus. Ces deux créations, joignant musique contemporaine et ancienne, sont des commandes du MA Festival de Bruges.

L’Ensemble Irini est en résidence à la Fondation Singer-Polignac depuis juin 2025.

Si l’ensemble est aujourd’hui invité dans des lieux et festivals prestigieux, en France comme à l’international, et soutenu par la Fondation Société Générale et la Caisse des Dépôts, c’est grâce à l’énergie de sa directrice, Lila Hajosi, et à une solide équipe de chambristes chevronné·e·s. D’abord chanteuse avant de devenir cheffe, Lila Hajosi parvient à incarner ses réflexions musicologiques et esthétiques dans des concerts fascinants, qui nous emportent presque malgré nous.

Lila Hajosi, direction

D’abord musicologue et artiste lyrique spécialisée dans les musiques anciennes, c’est grâce à l’Ensemble Irini, qu’elle a fondé en 2014, que Lila Hajosi prend en 2021 le chemin de la direction de chœur et prochainement d’orchestre. L’Ensemble Irini lui permet de s’affirmer comme directrice artistique au fur et à mesure des programmes qu’elle crée puis dirige. Elle est formée dès 2012-2013 aux conservatoires d’Aix-en-Provence (Prix Jeune Espoir Dussurget) et de Marseille (Premier Prix d’art lyrique) en chant, musique ancienne, théâtre, art lyrique et musique de chambre, puis à la Chapelle musicale Reine Élisabeth (2018-2021), dont elle est boursière. Elle est diplômée en musicologie médiévale de l’université de Montpellier.

Avant même de commencer ses études musicales, elle se découvre une passion pour la direction. En 2011, chantant dans le chœur amateur servant aux élèves de la classe de Roland Hayrabédian à Marseille, elle est fascinée par la finesse et la profondeur du travail de chef, et glane secrètement les leçons précieuses auxquelles elle assiste. Cette passion, complétée par ses études, enrichie par les enseignements tirés de sa carrière de chanteuse auprès de chefs comme Marc Korovitch, Lluís Vilamajó et Jordi Savall, et nourrie par des rencontres comme celle de Teodor Currentzis en masterclasse, devient finalement sa vocation. Depuis septembre 2021, elle se forme auprès du chef d’orchestre Sergio Monterisi.

Après Maria Nostra, premier disque de l’Ensemble Irini paru en 2018 chez L’Empreinte digitale (Choc de Classica), Lila Hajosi crée O Sidera, dont l’enregistrement, sorti en 2021 et salué par la critique, est son premier opus en tant que cheffe. Lila Hajosi et l’Ensemble Irini collaborent à deux reprises avec le compositeur Zad Moultaka. La jeune cheffe et arrangeuse est passionnée par l’exigence du travail a cappella, la fabrique du son fondée sur un façonnage minutieux du spectre harmonique, la recherche et la redécouverte de répertoires rares, les transversalités entre musique, poésie, histoire, philologie et sciences.

Depuis 2015, elle emmène son ensemble dans des festivals nationaux prestigieux — Radio France Occitanie Montpellier (2016, 2021), la Cité de la Voix de Vézelay (lauréate en 2017), Via Æterna au Mont-Saint-Michel, Rivage des Voix, les festivals d’arts sacrés d’Évron et de Perpignan, Sinfonia en Périgord — ainsi qu’à l’international : Misteria Paschalia, Agapê, Barcelone, MA Festival en 2024…

En 2022, elle dirige notamment l’Ensemble Irini à la Philharmonie de Paris (studio) et devient lauréate du programme REMArkables du REMA ; sa création Printemps sacré est finaliste des REMA Awards la même année. En 2024, elle collabore avec le percussionniste et chef Tom De Cock pour une version augmentée d’O Sidera, mêlée d’œuvres de Xenakis et d’une création à quatre mains fondée sur le Premier Hymne delphique à Apollon (138 av. J.-C.), l’une des plus anciennes œuvres notées connues. En 2025, c’est avec ICTUS et Riccardo Nova qu’elle collabore pour une création commune. Elle cofonde en 2022 le réseau #EllesDirigent, destiné à promouvoir le leadership féminin dans la musique dite « classique ». Comme intervenante, on la retrouve notamment au New Deal, à l’Early Music Summit, à Sciences Po Paris, à la SACEM ou à la Sorbonne.

Faustine Aziyadé, danse et mise en mouvement

Danseuse et chorégraphe, Faustine Aziyadé est une artiste hybride, par sa formation comme par son parcours. Titulaire du diplôme d’État de professeur de danse contemporaine obtenu à l’École supérieure de musique et de danse Hauts-de-France et d’un diplôme universitaire en danse de l’université de Lille, elle mène parallèlement une formation théâtrale par ateliers et stages, avant d’intégrer en 2020 le CNSMD de Paris en notation Laban.

De ce croisement entre danse, théâtre et écriture du mouvement naît un principe qu’elle nomme « installation évolutive par le corps », mis en œuvre notamment dans Mes Hommages, lauréat de la HEAR, et Les Prieuses ou la Tortue, Prix Génération Hauts-de-France. En 2021, elle fonde à Strasbourg la Compagnie L.

Son travail la porte naturellement vers la voix et vers les dispositifs qui déplacent le rapport au public. Pour INVICTAE, première création pluridisciplinaire de l’Ensemble Irini, elle compose des tableaux avec les six chanteuses et tisse un lien spatial avec la salle, avec pour objectif de faire tomber la frontière de la scène — jusqu’à la transe.

Le programme

Intro
Invictæ
Outro

Les artistes

  • Chloé Rousselmezzo-soprano
  • Sarah Lefeuvremezzo-soprano
  • Lucile Bailly Gourevitchmezzo-soprano
  • Fanny Chatelainmezzo-soprano
  • Sarah Verreesalto
  • Hélène Fauchèrealto
  • Faustine Aziyadédanse et mise en mouvement
  • Lila Hajosidirection

Textes chantés

Les textes de ce programme sont donnés en traduction française.

↑ programme

O frondens virga

Hildegard von Bingen · antienne, en procession d’entrée et de sortie
Ô branche fleurie, tu te dresses dans ta noblesse, comme l’aurore qui se lève dans les cieux Réjouis-toi et sois dans l’allégresse, et daigne nous libérer, fragiles et affaiblis, des mauvaises habitudes de notre époque étends ta main pour nous relever
↑ programme

Assumpta virgo virginum

Manuscrit de Chypre · motet polytextuel
Triplum
Perle des vierges qui fut élevée au Ciel, Mère de Dieu et siège de son fils, Elle triomphe à jamais, Rajeunie par la milice du ciel, Louée pour sa splendeur, Par son Assomption de vierge, Elle jubile avec la Trinité. Chaque esprit exulte. Tout a été créé pour la joie. Les extrémités du monde sont pleines, Elles résonnent des louanges de Marie. D’elle s’écoule la fontaine de la grâce, Vivante, indéfectible, Qui purifie toute souillure Et rend la paix aux créatures. Elle répand des flots à travers les régions du monde Pour que les blessures du cœur Soient guérie en notre siècle, Et n’infligent à jamais aucune souffrance plus tard. Elle aime être priée d’une façon plus pure. Alors prions-la en courbant la tête Avec des esprits purifiés Pour qu’elle nous lave des crimes.
Duplum
Il faut remercier d’un esprit religieux, Il faut chanter d’une voix joyeuse, Parce que cette vierge divine A escaladé le ciel pour l’habiter à jamais. Elle a porté dans son ventre le sauveur fait chair qui a lavé le monde lequel avait été souillé Par la faute de celui qui fut façonné le premier. Aaron et son bâton ont fleuri Contrairement à l’ordre naturel. Elle en est l’image et d’en haut, elle a conçu et resta vierge. Par elle est déclaré clos l’avenir annoncé par Amos et l’accès scellé À la fontaine d’Ézéchiel Ne sera pas considéré comme clos à jamais. Avec le plectre de notre langue, que notre chœur Fasse entendre ses louanges, qu’il chante, qu’il fasse Résonner des odes, des hymnes avec douceur Pour que le fruit de cette femme, le Nazaréen, nous donne le salut, Elle dont la gloire, l’honneur, la louange, la vertu, le salut, la force, la gloire s’associent à la Trinité.
↑ programme

Iubar solis

Manuscrit de Chypre · motet polytextuel
Triplum
L’éclat du soleil illumine Toutes choses, et cette lumière ne diffère pas De la source unique de lumière. De même, le même corps est consacré Partout, et pourtant il est parfois De Dieu et parfois des êtres humains. La lumière du cierge est diffuse, La lumière s’allume de là, Et sa lumière ne manque pas. De même, chaque jour, l’hostie Est absorbée mais non consumée, Se reconstituant. La parole offerte à plusieurs Reste une sous toutes ses formes, Sans division. De même, sur de nombreux autels, Nombreux sont les fidèles Recevant une seule portion. Le pouvoir est le même, De créer de nouveaux êtres Et de transformer les êtres créés. Le Verbe a créé l’être à partir du néant, Et ainsi peut transformer l’être De n’importe quoi en une autre chose. Que ce que la raison ne peut concevoir, S’affirme par la solide affirmation De la foi universelle. Que la vision claire révèle Ce qui est désormais caché sous le manteau D’une figure symbolique.
Duplum
L’éclat du soleil ne diminue pas, Le corps du Christ n’est pas souillé Par le contact avec des choses impures. Dans chaque recoin du miroir brisé On voit un visage ; Il en est de même pour le Christ, Brisé en morceaux pour les fidèles. La verdure de la fleur, nourrissant le regard, Demeure entière, intérieurement et extérieurement, et ne se corrompt pas en elle-même. Ainsi, en nous nourrissant du sacrement, Il ne subit aucune détérioration, et ne diminue pas. La petite pupille de l’œil Peut contempler l’immensité Du cercle céleste ; Ainsi l’infini est enfermé mais non circonscrit Dans la petitesse de l’Hostie.
↑ programme

Kyrie en pollais

Kassia de Constantinople · hymne du mercredi saint
Seigneur, la femme tombée dans de nombreux péchés reconnaissant ta divinité, s’élève au rang de myrrhophore, et le deuil t’apporte la myrrhe avant ton enterrement. Malheur à moi, dit-elle, car la nuit lie à moi, dans l’extase de l’intempérance sombre et sans lune, un désir de péché. Accepte la source de mes larmes, toi qui, avec les nuages, sépares l’eau de la mer : penche-toi vers moi aux lamentations de mon cœur, toi qui as fait incliner les cieux, par ton ineffable humiliation. je baiserai tendrement tes pieds sacrés, je les essuierai à nouveau avec mes cheveux ; ces pieds dont Ève a entendu le bruit au Paradis l’après-midi, et s’est cachée dans la peur, qui peut décrire la multitude de mes péchés et les profondeurs de ton jugement, mon rédempteur, sauveur des âmes ? Ne me méprise pas, moi ton serviteur Toi, dont la miséricorde est infinie.
↑ programme

Opou epleonasen

Kassia de Constantinople · hymne à Pélagie la Pieuse
Partout où les péchés ont été excessifs, la grâce a été abondante encore davantage, comme l’enseigne l’Apôtre. Car, par tes larmes et tes prières, Pélagie, tu as asséché l’immense océan du péché et, par la pénitence, obtenu un résultat agréable au Seigneur. Et maintenant, tu intercèdes auprès de lui en faveur de nos âmes.
↑ programme

Entendez tuit ensemble

Gautier de Coinci
Écoutez tous ensemble, religieux et laïcs, Le salut à notre Dame, nul ne sait de chant plus doux. Il ne peut être de chant plus doux qu’Ave Maria C’est le chant que chantèrent les Anges quand Dieu se maria Eve nous mena à la mort Eva porta le malheur Mais l’AVE nous délivra tous Et nous conduit à bon port.
↑ programme

Roÿne celestre

Gautier de Coinci
Reine Céleste Si bien née Que porte et fenêtre Du ciel est nommée De si haute estime Pucelle sacrée Qu’au ciel à sa droite Dieu t’a couronnée Car de ta mamelle Douce comme le miel Fut sa bouche belle Nourrie et abreuvée Haute damoiselle Vierge bien née Tout le monde t’appelle Partout tu es réclamée. Haute pucelle, pure et immaculée De toi sort la rosée Dont le monde entier fut Nourri et arrosé. Reine honorée Bien heureusement engendrée Car tu es plus douce et plus plaisante Et cent mille fois plus tendre Que le miel en rayon Rien qui n’ait de saveur Sans ta saveur Ne m’est à savourer Certes qui ne s’ouvre à toi et de toute sa pensée Se met à ton service On peut bien dire qu’il perd son âme Et qu’elle en est damnée Mais qui te sert, sert aussi Dieu Parce que tu es née bienheureuse.
↑ programme

Incessanter

Manuscrit de Chypre · motet polytextuel
Triplum
J’ai attendu sans trève Le soleil qui seul éclaire ; J’ai aimé sans relâche Tout ce qu’il aime et savoure. Puisse cet amour être le vrai amour Que j’éprouve en récompense ! La naissance du Christ, tel est l’amour Qui me bouleverse. Puissé-je aimer comme je suis aimé, Que la mère du Christ en soit la médiatrice ! Je suis pris à son hameçon Par le lien douloureux du cœur. La chair qu’il a revêtue embaume Et son parfum surpasse celui des roses. Qui donc voudrait encore Aimer ailleurs ? Il est juste et pieux d’aimer ardemment Marie qui a obtenu le salut de la race D’Adam par son enfantement, Elle qui n’a pas connu d’homme. Elle est source de délices ; En elle nulle trace de vices ; Elle est riche de tous biens ; Sa blancheur fait pâlir le lis. Qui l’aime ardemment est exalté Dans l’intercession de son amour ; Il sera emporté à la fin Jusqu’au trône du séjour céleste. Généreuse mère, ô Marie, Toi qui permets le retour du pécheur, Accorde-moi, dans la patrie céleste, De contempler celui qui est né de toi
Duplum
Cellier de vertu ineffable Regorgeant de tous biens, Jardin aux parfums capiteux, Parfum pareil à celui des jardins, Rose éclatante de fraîcheur Au parfum jamais altéré, Beauté incorruptible, Des gemmes la lumière visible, Vénérable entre toutes, Digne en tous lieux d’être louée, Montre-toi, Vierge, favorable ! Par toi, que la nature fragile Soit soulagée [de ses peines] ; Que le Christ soit clément Pour le péché qui peut être pardonné !
↑ programme

Cinq hymnes au martyre de sainte Christine

Kassia de Constantinople
1. Doksazoumen
Nous louons ta grande miséricorde, ô Christ, et ta bonté envers nous, car même les femmes ont abandonné l’erreur de l’idolâtrie par la puissance de ta croix, amie de l’humanité ; elles n’ont pas été effrayées par l’oppresseur, mais ont piétiné le trompeur, elles ont été fortes pour te suivre et elles se sont empressées au parfum de ta myrrhe intercédant pour nos âmes.
2. Olvou lipousa
Abandonnant les richesses de sa famille et, aspirant sincèrement au Christ, la martyre trouva la gloire et les richesses célestes, et, entièrement protégée par l’armure de la foi et l’arme de la Croix, elle piétina l’oppresseur. C’est pourquoi les anges, stupéfaits de ses combats, dirent : « L’ennemi est tombé, vaincu par une femme ; la martyre, couronnée, fut élevée, et le Christ règne comme Dieu pour l’éternité, lui qui accorde au monde sa grande miséricorde. »
3. Ethavmatouryise, Christe
Christ, la puissance de ta croix, a accompli des prodiges, car Christina la martyre a elle aussi combattu avec force ; Abandonnant ainsi la faiblesse de sa nature, elle a résisté courageusement aux oppresseurs ; recevant ainsi le prix de la victoire, elle intercède pour nos âmes.
4. Stavros os oplon krateon
Christine, la Martyre, tenant la croix, dans sa main comme une arme puissante, avec la foi comme cuirasse, l’espérance comme bouclier, l’amour comme arc, tu as bravement surmonté le châtiment de tes oppresseurs, divinement vaincu la méchanceté du démon ; bien que décapitée, tu es glorifiée en Christ, intercédant sans cesse pour nos âmes.
5. O basileus, tis doksis, Christos
Le Christ, Roi de Gloire, fasciné par ta beauté virginale, t’a unie à Lui comme une épouse sans tâche, dans une union pure. Et parce qu’Il l’a voulu, Il a doté ta beauté d’une force, invincible face aux ennemis et aux passions. Elle est restée ferme malgré les assauts acharnés et les tortures les plus féroces. Il t’a couronnée d’une double couronne, et t’a placée à sa droite, comme une reine magnifiquement parée. Prie-Le, Vierge martyre portant le nom du Christ, d’accorder à ceux qui chantent tes louanges le salut, la vie et une grande miséricorde.
↑ programme

O sacra virgo virginum

Manuscrit de Chypre · motet polytextuel
Triplum
Ô Vierge, bénie entre les vierges, mère et fille du Père, salut parfait de l’humanité, ornée de toutes les vertus, tu es sans égale, voué à l’humilité, à la terreur et au châtiment des démons, toi qui retrouves ce qui était perdu. Jérusalem, Jérusalem, pourquoi cherches-tu sans cesse ? Si tu cherches une telle personne, tu la trouveras bientôt. Tu peux parcourir toute la création, mais tu ne trouveras pas son égale. Tu peux parcourir l’univers, mais il n’y en a ni avant ni après elle. C’est un mystère divin qui ne se voit qu’en toi. C’est le royaume céleste, qui honore ton action. Ainsi, par la naissance reconnue comme virginale, donne-nous le soutien qui conduit beaucoup au ciel et prépare-nous l’accès au ciel.
Duplum
Aux prières que nous t’offrons. Accepte les prières de ton peuple, que nous t’adressons pieusement. Du haut du ciel, regarde ceux qui t’invoquent car nous avons tant pleuré ; ne nous rejette pas, pécheurs, du sein que nous avons cherché. Pleine de joie, Remplis nos cœurs de bonheur. Patronne de toute grâce, sois miséricordieuse envers ceux qui t’invoquent. Patronne de toute justice, rends justice à nous, pécheurs. Mère de miséricorde, Aie pitié de nous qui t’invoquons. Ô unique Porte de la Gloire, ouvre les portes à celui qui frappe et couvre les enfants de la misère du manteau de ta compassion.
↑ programme

Beata viscera

Pérotin le Grand · conduit
Béni soit le sein de la Vierge Marie, au sein duquel le Roi au nom illustre, cachant sous une autre apparence la puissance de sa divinité, a scellé un pacte entre Dieu et l’homme. Ô merveilleuse nouvelle et joie sans précédent d’une mère encore intacte après avoir donné naissance !
↑ programme

Los set gotxs

Llibre Vermell de Montserrat · a ball redon, danse en rond
Les sept joies nous conterons et chanterons dévotement, nous saluerons avec humilité la douce Vierge Marie. Ave Maria, pleine de grâce, le Seigneur soit avec vous, Vierge sereine. Vierge avant l’enfantement vous êtes pure et sans péché, pendant et après la naissance vous êtes restée sans tache ; de vous est né en vérité, pieuse Vierge, le Fils de Dieu. Vierge, trois rois d’Orient chevauchant avec courage derrière l’étoile les guidant arrivèrent jusque chez vous pour vous offrir en cadeau l’or, la myrrhe et l’encens. Vierge, plongée dans la douleur par la mort de votre très cher Fils, vous êtes redevenue joyeuse en le voyant ressusciter ; à vous, pieuse mère, il voulut se montrer d’abord. Vierge, la cinquième joie que votre très cher Fils vous donna fut au jardin des Oliviers quand vous l’avez vu monter au ciel ; nous en aurons de la joie si, pour nous, vous pouvez intercéder. Vierge, quand furent accomplis les jours de la Pentecôte, avec vous se sont réunis les apôtres et par ailleurs sur tous et sur chacun descendit le Saint Esprit. Vierge, la dernière joie que vous avez eue en ce monde fut que votre Fils grâce à son courage vous fit monter jusqu’au ciel, où vous serez à jamais couronnée reine pour l’éternité. Efforçons-nous donc tous en cette présente vie de renoncer aux péchés de notre âme mesquine, et vous, douce et pieuse Vierge veuillez le demander pour nous.
↑ programme

Cuncti simus concanentes

Llibre Vermell de Montserrat · a ball redon, danse en rond
Chantons tous ensemble : Ave Maria. Alors que la vierge était seule, Un ange lui apparut ; Il s’appelait Gabriel Et était envoyé par le ciel. Et d’un visage resplendissant il dit : Ave Maria. Et d’un visage resplendissant il dit, Écoutez, mes amis Tu seras mère, Marie, Ave Maria. Tu seras mère, Marie, Écoutez, mes amis. Tu enfanteras un fils, Ave Maria. Tu enfanteras un fils, Écoutez, mes amis Tu l’appelleras Jésus, Ave Maria.