CÉLADON – ODYSSÉE ENSEMBLE & CIE  : CHIMÈRE
SAMEDI 6 SEPTEMBRE, SÉLESTAT

Programme de salle

Quelques mots sur la musique

Lorsqu’un programme se crée, il arrive parfois que les musiciens se regardent entre eux avec une certaine émotion en réalisant qu’ils ont de l’or dans les mains, et que quelque chose de tout à fait particulier est en train de naître. Au delà du beau, que nous côtoyons tous les jours en tant qu’artistes, il s’agit plus ici d’un charme, ou d’une magie, qui va miraculeusement venir effleurer la musique et lui donner une dimension supérieure que sa seule beauté.

Un programme de concert réussi, c’est un programme qui rendra bien évidement justice à la qualité de la musique, qui inspirera au plus haut point les musiciens, qui plongera le public dans un état particulier (de contemplation, de rêverie, une sorte d’ailleurs), et qui enfin permettra aux auditeurs et aux artistes de communier au travers de l’art et de l’émotion, comme un écho.

Ressentant au plus profond de nous, dès les premieres séances de travail, le potentiel immense, évocateur et puissant de Chimère, nous avons fait converger toutes nos forces dans cette direction, afin de créer un programme unique. Ce pont invisible jeté entre les répertoires et les temporalités, ce fil ténu mais robuste comme l’acier qui nous relie, trace les contours de notre animal imaginaire et remarquable.

Selon le dictionnaire, une chimère est un bel animal…qui n’existe pas. Un être ou objet bizarre composé de parties disparates. Un projet séduisant, mais irréalisable. Bref, ce n’est pas forcément très encourageant en tant que projet artistique.

Vouloir trouver des complémentarités entre le répertoire médiéval de l’ensemble Céladon et l’univers contemporain d’Odyssée ensemble & cie aurait en effet pu rapidement être classé dans la catégorie (hélas très fournie) des fausses bonnes idées. Mais voilà, dès les premières répétitions, l’évidence s’est imposée à nous : ça marche !

La poésie qui émane de cette rencontre inattendue s’avère même d’autant plus puissante qu’elle est fragile et inattendue. Le point de ralliement de ces deux univers se situe dans le souffle qui anime cet instrumentarium bigarré (flûtes médiévales, cor des alpes, trombone basse, organetto, chant, etc…). Seules les percussions de Claudio Bettinelli (saladiers, jouets en plastique, etc…) viennent bousculer cette fragile unité, mais aussi taquiner l’unisson général : juste ce qu’il faut d’impertinence pour éviter que l’inattendu ne devienne routine.

Le mot Chimère est issu, via le latin Chĭmæra, du grec Χίμαιρα / Khímaira, qui désigne originellement une jeune chèvre ayant passé un hiver (χεῖμα / kheîma).

Il désigne aussi bien un animal fabuleux ayant la tête et le poitrail d’un lion, le ventre d’une chèvre et la queue d’un serpent ; un être ou objet bizarre composé de parties disparates, formant un ensemble sans unité ; un projet séduisant, mais irréalisable, une idée vaine qui n’est que le produit de l’imagination, une illusion.

Notre chimère, imaginée de concert entre l’ensemble Céladon et Odyssée ensemble & cie, est un peu de tout cela à la fois. Bric à brac musical, composé aussi bien de musique médiévale que d’improvisations ou de compositions modernes ou contemporaines d’Olivier Messiaen ou Zad Moultaka, il mélange sans vergogne des instruments qui n’ont a priori aucun rapport entre eux.

Les animaux qui composent notre chimère sont largement présents dans les textes chantés : lion, rossignol, ours, éléphant, âne, panthère, sanglier, serpent et même grenouilles composent un bestiaire à la fois fantastique et intemporel.

Cor, flûte médiévale, vuvuzela, percussions modernes ou anciennes, trombone, scie musicale ou organetto accompagnent la voix de contre-ténor, dans une ambiance qui n’exclue pas le mysticisme et la poésie.

En résumé, Chimère est un projet hybride qui met un point d’honneur à aller là où on l’attend le moins.

Les musicien•ne•s...

Ensemble Céladon

Paulin Bündgen
contre-ténor

Tiago Simas
flûtes et cornet à bouquin

Caroline Huynh Van Xuan
organetto

Odyssée ensemble et cie

Serge Desautels
cors

Joël Castaingts
trombone

Claudio Bettinelli
percussions

... et leurs parcours

L’ensemble Céladon a été créé par Paulin Bündgen, contre-ténor, il y a bientôt 25 ans. Fort de son expérience, l’Ensemble a construit son identité avec une volonté d’insuffler une grande part de modernité aux musiques anciennes, faisant le pari de rendre ces répertoires accessibles aujourd’hui, à tous et toutes, dans l’immédiateté de notre époque.

Ainsi, il questionne et réinvente sans cesse le format de ses concerts : mise en scène, spatialisation, ou mélange de genres sont autant de clés dont s’empare l’Ensemble pour créer cette identité fraîche qui lui est propre. Après les collaborations originales avec des artistes de renom comme Jean-Philippe Goude, Kyrie Kristmanson ou Michael Nyman, l’Ensemble qui compte 10 disques enregistrés (le prochain sortira en 2024) voyage en musique des places de villages aux festivals les plus prestigieux – en France et à l’international – avec la même énergie et la même justesse qu’il y a 25 ans !

Tout change à Odyssée depuis sa création : le petit quintette de cuivres de 1986 s’est transformé aujourd’hui en un ensemble de quatre cuivres et percussions. Les élèves de conservatoire sont devenus des professionnels aguerris et reconnus ayant plusieurs milliers de représentations au compteur. L’organisation « entre copains » a mué en une petite entreprise de neuf salariés, soutenue et reconnue par les institutions culturelles. Les concerts en costards et pupitres ont laissé place à des spectacles musicaux pluridisciplinaires faisant appel à des chorégraphes, metteurs en scène, costumiers, scénographes… Les musiciens interprètes du début sont à présent compositeurs, producteurs et concepteurs de leurs propres spectacles.

Pourtant, cette capacité à faire apprécier très largement une musique contemporaine innovante reste intacte. Malgré (et grâce à) tout ce chemin parcouru, cette volonté d’embarquer leur public dans des aventures originales est plus que jamais la marque de fabrique de ces cinq artistes définitivement inclassables. Finalement, rien ne change !

Les œuvres au programme

Marcabru (1110-1150) • Lo vers comens
Frigyes Hidas (1928-2007) • Méditation pour trombone basse seul (1979)
Guiot de Dijon (actif au début du XIIIe siècle) • Chanteir m’estuet

Dietmar von Asch (1115-1171) • Die Winter waere
Olivier Messiaen (1908-1992) • Appel interstellaire (1976)
Frauenlob (1250/60-1318) • Gar starc bekannt
Guiraut de Bornelh (1138-1215) • Reis Glorios

Zad Moultaka (1967- ) • La danse de Chânaï (1967)
Zad Moultaka (1967- ) • Le Rêve du Fou (2023)
Robin (actif au XIIIe siècle) • Nieman tzu
Albrecht Lesch (?-1393) • Zuch durch die Wolken (instrumental)
Tannhäuser (actif de 1245 à 1265) • Avianuß der frey poet (instrumental)

Les textes chantés et leurs traductions

Lo vers comens cant vei del fau Je commence mon vers lorsque, du hêtre,
Lo vers comens cant vei del fau
ses fuoilla la cima e.l branquill,
c’om d’auzel ni rana
no.i au chan ni grazill,
ni.o fara jusc’al tems soau
qe.l vais brondill.
Esegon trobar naturau
port la peira e l’esca e.l fozill,
mas menut trobador bergau
entrebesquill
me torno mon chant en badau
en fan gratill.
Prez es vengutz d’amont avau
e caseguz en l’escubill,
puois avers fai Roma venau ;
ben cuit qe cill
no.n jauziran, qi son copau
d’aqest perill.
Avoleza porta la clau
e geta proeza en issil ;
greu paireiarau mais igau
paire ni fill,
que non auch dire fors Peitau
c’om s’en atill.
Li plus d’aqest segle carnau
ant tornat joven e naugill,
qu’en non trob, de qe mout m’es mau,
qui amaistrill
cortesia ab cor leiau
qe no.is ranquill.
Passat ant lo saut vergondau,
ab semblan d’usatg’acaptil
tot qant que donan fan sensau,
plen de grondill,
e non prezon blasme ni lau
un gran de mill.
Cel profetizet ben e mau
qe diz c’on iri’en becill –
seignor ser e ser seignorau –
e si sunt ill,
que.i an fait li buzat d’Anjau
cal d’esmerill.
Si amars a amic corau,
miga nonca m’en meravill
si.ll si fai semblar bestiau al departill ;
greu veirez ja joc comenau
al pela-cill !
Marcabrus diz qe no.il en cau
qui quer ben lo vers al foill,
que no.i pot hom trobar a frau
mot de roill ;
intrar pot hom de lonc jornau
en breu roill !
Je commence mon vers lorsque, du hêtre,
je vois sans feuille la cime et les branches,
que ni de l’oiseau ni de la grenouille
on n’entend ni chant, ni coassement,
et qu’ils n’en feront pas jusqu’à la douce saison
où il bourgeonnera de nouveau.
Et selon le « trouver » naturel,
je porte la pierre, l’amorce et le briquet,
mais de piètres troubadours,
pénibles et embrouilleurs,
tournent mon chant en ridicule
et le raillent.
Mérite est descendu d’amont en aval
puis tombé dans les ordures,
et puisque l’argent rend Rome vénale,
je pense bien
qu’ils n’en profiteront pas,
ceux qui sont responsables de ce malheur.
Lâcheté tient les rênes
et a jeté Prouesse en exil ;
désormais, difficilement paraîtront égaux
les pères et les fils,
car je n’entends pas dire qu’en dehors du Poitou
on soit encore attaché à elle.
Les plus nombreux de ce monde charnel
ont réduit la jeunesse à néant,
car je ne trouve pas, ce qui m’est très pénible,
celui qui est excellent,
courtois, de cœur loyal
et qui ne soit point boiteux.
Ils ont franchi le pas de la honte
avec de prétendues souveraines manières ;
tout ce qu’ils donnent, ils le donnent à crédit,
pleins de ressentiment,
et n’accordent pas plus de prix au blâme ou à la louange
qu’un grain de mil.
Celui-là prophétise bien et mal
qui affirme que l’on ira à un bouleversement :
que le seigneur sera serf et le serf seigneur ;
ainsi font-ils déjà
comme l’ont fait les buses d’Anjou,
quelle décadence !
Si l’amour sensuel possède ami de cœur,
je ne suis pas du tout surpris
s’il semble bestial au moment de la séparation;
difficilement vous ne verrez jamais jeu égal
au jeu d’amour.
Marcabru dit que peut lui chaut
si quiconque décortique son vers au couteau,
car on ne peut y découvrir en fraude
un mot impur.
Un homme possédant un grand domaine
peut rentrer dans un petit tonneau.
Der Winter waere mir ein zît L’hiver serait pour moi une saison
Der Winter wære mir ein zît
sô rehte wunneclîche guot.
wær ich sô sælic, daz ein wîp
getroeste mînen senden muot.
sô wol mich danne langer naht,
gelæge ich als ich willen hân!
si hât mich in ein trûren brâht,
des ich mich niht gemâzen kann.
Wie tuot der besten einer sô,
daz er mîn senen mac vertragen?
ez wære wol, und wurde ich frô,
sich kunde nieman baz gehaben.
We, daz mir leit von dem geschiht,
der an min herze ist nâhe komen,
was hilfet zorn? Swenne er mich siht,
den hât er schiere mir benomen.
L’hiver serait pour moi une saison
joyeuse et belle
si, pour mon plus grand bonheur, une femme
consolait mon mal d’amour.
Cette longue nuit serait alors bien agréable,
allongé comme je le désire !
Elle m’a plongé dans un profond chagrin,
dont je ne puis me remettre.
Comment l’être le meilleur
peut-il supporter une douleur comme la mienne ?
Il serait tellement bon d’être heureuse,
personne n’en profiterait plus que moi.
Hélas, qu’il me fait à présent souffrir,
celui qui m’était alors si cher !
À quoi bon la colère ? dès qu’il me regarde,
il la fait aussitôt disparaître.
Gar starc bekant ist der helffant Bien connu est l’éléphant
Gar starc bekant
ist der helffant
creftig sin bein,
ein lyd groß,
swere last er treit.
daz einhuern nieman dann ein meit
fahet, wan man es jeit.
sin horn sint spitzig alz ein grat,
gar sußen smag daß panthir hat
vnd daby argk.
daz eberswin
wil kuener sin
als man vns seit.
jeit mans, den eberspiess anseicht,
darin es louft, wie ym beschicht,
dez todez acht es nicht.
der ber grymmigez zornes pfligt,
der lew in allen ange sigt,
den dieren starck.
dannoch so ist der sunder zwar
vil kuner dann die tiere gar,
wann er, der sleft in sunden stift,
weger leg by ym, wyß vorwar,
ein slang mit gift.
Extrêmement connu
est l’éléphant,
ses os sont solides,
sa trompe est longue,
il porte de lourdes charges.
La licorne, seule une vierge
peut l’attraper lorsqu’on la chasse,
sa corne est pointue comme une pique ;
la panthère a une odeur très douce,
mais elle est méchante.
Le sanglier
est plus courageux
qu’on ne le dit.
Pour le chasser, il faut uriner sur un épieu,
il s’y enfoncera, sachez-le,
méprisant la mort.
L’ours a de violentes colères ;
le lion sort vainqueur de toutes les situations,
fort comme la Vierge.
Cependant, le pécheur
est bien plus courageux que tous ces animaux :
en effet, lorsqu’il dort, livré à l’aiguillon du péché,
il place tout contre lui, sache-le,
un serpent venimeux.
Der slangen biβ sunder merck yβ dir beβer wer
er dir da mit solt tün den tot
dann daz dü strebest wider got
und brichest sin gebot
und du es als geringe wigst
und auch so üppiclichen pfligst
der sünd urhab
Mit dinem lust uff die verlust
recht als ein diep
liep dir zu heübet sünden ist
sich got der git dir lenger frist
Wann er barmhertzig ist
uff besserung lat er dich leben
sünder daz solt du mercken eben
last dü nit ab
Got richtet treg
und da by swar
sünder daz soltü nemmen war
Wa so er dir lang gnüg vertreit
begriffet dich des todes bar
es wirt dir leyt.
Remarque, pécheur, que la morsure du serpent te
conviendrait mieux,
elle qui t’apporterait la mort,
plutôt que tu ne t’obstines contre Dieu,
que tu ne brises ses commandements,
en toute quiétude,
et que tu ne t’adonnes avec tant d’insouciance
au péché originel.
Avec ton goût pour la perdition,
tel un voleur,
tu aimes te vautrer dans le péché capital.
Vois, Dieu t’accorde un délai plus long,
dans sa miséricorde,
il te permet de vivre encore pour que tu t’améliores.
Pécheur, prends-en conscience, car si tu persistes
Dieu prend son temps pour juger,
mais son jugement est sans appel.
Pécheur, n’oublie pas,
lorsqu’il aura suffisamment été indulgent à ton égard,
Alors la mort viendra te chercher,
et tu souffriras.
Nu merck sunder
genaden ler bedenck dich baβ
waz got dürch dich gelitten hat
er fur uns an ein crüce trat
sin menscheit leyt den tod
Sin sterben bracht uns unser leben
Vnd was der ewig tot gegeben
den er zü brach.
Mit sinem blut
Got was so gut
daz er daz leit
neyg dich sünder zü dyser stunt
sin reine menscheit wart verwunt
ser in des todes grunt
ein sper mit sweiβ von blüt wart naβ
und word an dir verloren daz so we dir ach
Wie sol dir sünder dann geschen
Wan dü gotz wünden wirst an sehn
Und die pin sin
engstlich gericht wolt
dann gotz müter für dich flehen
es hilffet nicht.
Dès lors, ouvre les yeux, pécheur,
homme privé de grâce, rappelle-toi
ce que Dieu a souffert pour toi,
il a été crucifié pour nous,
son humanité a subi la mort,
mais sa mort nous a apporté la vie :
la mort qui était éternelle,
il l’a réduite à néant.
C’est son propre sang
que Dieu eut la bonté
de verser pour nous.
À genoux, pécheur !
son humanité innocente subit le plus grand
des supplices dans la fosse de la mort,
une épée ruisselait de sa sueur et de son sang,
Et cela ne te touche pas, hélas ! pauvre de toi !
Qu’adviendra-t-il de toi, pécheur,
lorsque tu contempleras les blessures de Dieu
et sa souffrance ;
lors du terrible jugement
tu auras beau supplier la mère de Dieu,
rien n’y fera.
Reis glorios, verays lums e clartatz, Roi glorieux, vraie lumière et clarté,
Reis glorios, verays lums e clartatz,
totz poderos, Senher, si a vos platz,
al mieu compaynh sias fizels aiuda,
qu’ieu non lo vi pus la nuech fo venguda.
Et ades sera l’alba.
Roi glorieux, vraie lumière et clarté,
tout puissant, Seigneur, si vous le voulez bien,
prêtez votre aide fidèle à mon compagnon,
car je ne l’ai plus vu depuis que la nuit est tombée.
Et l’aube va bientôt apparaître.
Bel companho, si dormetz o velhatz,
non dormas pus, senher, si a vos platz,
qu’en aurien vey l’estela creguda
c’adus lo jorn, qu’ieu l’ay ben conoguda.
Et ades sera l’alba.
Beau compagnon, que vous dormiez ou veilliez,
ne dormez plus, seigneur, si vous le voulez bien,
car en Orient je vois croître l’étoile
qui amène le jour, je l’ai bien reconnue.
Et l’aube va bientôt apparaître.
Bel companho, en chantan vos apel,
no dormatz pus, qu’eu auch chantar l’auzel
que vai queren lo jorn per lo boscatge
et ai paor que.l gilos vos assatge.
Et ades sera l’alba.
Beau compagnon, je vous appelle en chantant.
Ne dormez plus, car j’entends chanter l’oiseau
qui va, cherchant le jour dans le bocage,
et je crains que le jaloux ne vous attaque.
Et l’aube va bientôt apparaître.
Bel companho, issetz al fenestrel
e esgardatz las ensenhas del sel ;
conoysiretz s’ieu soy fizel messatje ;
si non o faytz, vostres er lo danpnatje.
Et ades sera l’alba.
Beau compagnon, mettez-vous à la fenêtre
et regardez les signes du ciel,
vous saurez alors si je suis un messager fidèle ;
si vous le ne faites pas, le dommage sera vôtre.
Et l’aube va bientôt apparaître.
Bel companho, pos mi parti de vos,
yeu non dormi ni.m muoc de ginolhos,
ans preg ieu Dieu, lo Filh Santa Maria
que.us mi rendes per lial conpanhia.
Et ades sera l’alba.
Beau compagnon, depuis que je vous ai quitté,
je n’ai pas dormi et suis restée à genoux
à prier Dieu, le Fils de Sainte Marie,
afin qu’il vous rende à moi par amitié fidèle.
Et bientôt l’aube va apparaître.
Bel companho, la foras als peiros
me preiavatz qu’ieu no fos dormilhos,
enans velhes tota nueg tro al dia.
Aras no.us platz mos chans
ni ma paria.
Et ades sera l’alba.
Beau compagnon, là dehors, sur le perron,
vous me priiez de ne pas dormir
et de veiller toute la nuit jusqu’au jour,
maintenant ni mon chant, ni mon
amitié ne vous plaisent plus.
Et l’aube va bientôt apparaître.
Bel dos companh, tan soy en ric sojorn
qu’ieu no volgra
mays fos alba ni jorn,
car la gensor que anc nasques de mayre
tenc et abras, per qu’ieu non prezi gaire
lo fol gilos ni l’alba.
Cher beau compagnon, je suis tant à mon aise
que je voudrais que ni l’aube
ni le jour ne surviennent jamais,
car la plus gente qui soit jamais née de mère
j’enlace et embrasse, aussi je ne crains guère
ni le bête jaloux ni l’aube.
Salva nos, stella maris Sauve nous, étoile de la mer
Salva nos, stella maris
Et regina celorum
Que pura deum paris
Salva nos, stella maris
Et per rubum signaris
Nesciens viri thorum
Salva nos, stella maris
Et regina celorum
O virgo specialis
Salva nos, stella maris
Sis nobis salutaris
Imperatrix celorum
Salva nos, stella maris
Et regina celorum
Tu mater expers paris
Salva nos, stella maris
Manna celeste paris
Et panem angelorum
Salva nos, stella maris
Et regina celorum
O parens expers maris
Salva nos, stella maris
Partu non violaris
Paris sanctum sanctorum
Salva nos, stella maris
Et regina celorum
Celeste manna paris
Salva nos, stella maris
Lux cecis, dux ignaris
Solamen angelorum
Salva nos, stella maris
Et regina celorum
Sauve nous, étoile de la mer
Et reine du ciel
Toi qui es pure et issue de Dieu
Sauve nous, étoile de la mer
Marquée par le buisson
Et ne connaissant pas la couche de l’homme
Sauve nous, étoile de la mer
Et reine du ciel
O vierge unique
Sauve nous, étoile de la mer
Sois notre salut
Impératrice du ciel
Sauve nous, étoile de la mer
Et reine du ciel
Toi, mère qui a accouché
Sauve nous, étoile de la mer
Qui a donné naissance à la manne céleste
Et au pain des anges
Sauve nous, étoile de la mer
Et reine du ciel
O mère sans père
Sauve nous, étoile de la mer
Intacte depuis la naissance
Tu as porté le saint parmi les saints
Sauve nous, étoile de la mer
Et reine du ciel
Tu as porté la céleste manne
Sauve nous, étoile de la mer
Lumière des aveugles, guide des ignorants
Réconfort des anges
Sauve nous, étoile de la mer
Et reine du ciel
Nieman tzv vro sol prysen Il ne faut pas louer avec trop de gaîté
Nieman tzvo vro sol prysen
mit lobe den liechten tag.
daz han ich von den wisen
lange her vuornomen.
luchtet her der morgen schone
darnach er truben mac
vil lichte vuor der nuone
daz lob stet ane vromen !
so sol man syn vuor svnnen
daz man mit sange icht tobe
die herren baz irkennen
e man tzvo vil gelobe
mit valsche eyn lob gewunnen
da sint tzwe laster obe.
Reymar mich ruwet sere.
din sin und ouch din tot.
du bist wol klagebere.
durch dine richen kunst.
Walter du bist von hynnen.
owe derselben not.
Mit dynen wisen synnen.
du hette ouch herren gunst.
Stollen. den boc mit sange.
Nitharden muoz ich klagen.
Bruder wirneren lange.
der muoz uns wol behagen.
er het zync mit getwange.
kunde guot beiagen.
Il ne faut pas louer avec trop de gaîté
le jour lumineux.
Voilà ce que j’appris
de sages il y a fort longtemps.
Si un beau matin commence à se lever,
il peut ensuite s’assombrir,
peut-être même avant midi,
la louange aura alors été chantée en vain !
C’est pourquoi il faut raison garder
Et ne pas chanter n’importe quoi ;
de même, il faut apprendre à mieux connaître les seigneurs
avant de trop les louer,
car gagner des louanges en mentant,
c’est pécher deux fois.
Reinmar, je regrette
ton esprit, je regrette ta mort,
tu es vraiment à plaindre,
toi dont l’art était admirable.
Walter, tu es mort maintenant,
hélas, quel malheur !
Ton magnifique talent
ne t’a pas privé de la grâce des princes.
Je regrette Stollen, le bouc chantant,
et Neidhart aussi.
Longtemps je regretterai Bruder Werner
qui nous a tous charmés,
lui qui était obligé de chanter
pour gagner sa vie.